Alors que la colossale « Donation Claude & France Lemand » vient enrichir l’Institut du Monde Arabe, un nouveau musée y est lancé pour mettre en valeur cette collection unique.
Image en couverture : Mohammad Al Rawas – « Urban Debris » (2004) / © Collection Lemand – Institut du Monde Arabe
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L’Institut du Monde Arabe
L’Institut du Monde Arabe a été inauguré en novembre 1987, sous la présidence de François Mitterand, mais c’est pendant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing que son édification a été décidée.
Sa célèbre façade est composée de 240 moucharabiehs, et a été dessinée par un groupement composé de Jean Nouvel et Architecture-Studio. Lorsque leur projet remporte le concours, en 1981, l’architecte n’a encore que 36 ans.
Et un peu plus de 35 ans après l’ouverture de l’institution dans le cinquième arrondissement parisien, on en entendait plus parler ces derniers temps pour la petite guerre de fauteuil qui oppose son actuel président Jack Lang, 83 ans, et l’ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, 75 ans.
Le premier a été nommé président de l’Institut du monde arabe en 2013, et s’enorgueillit d’avoir « transfigurée et métamorphosée » l’IMA, et de lui avoir redonné « vie et vigueur », dans une interview à RFI.
Ce que compte la Donation Claude & France Lemand
La collection existante de l’Institut du Monde Arabe comptait jusqu’à récemment 700 pièces, et 4500 photos.
Mais en janvier 2023, un acte notarié a définitivement scellé la donation faite à l’IMA du collectionneur et galeriste Claude Lemand, et de sa femme France.
Désormais baptisée « Donation Claude & France Lemand », sa valeur totale est évaluée à 35 millions d’euros ! Elle compte plus de 1300 oeuvres, de 148 artistes, qui sont pour la plupart originaires du monde arabe.
Dans le détail, on dénombre :
- 366 peintures
- 390 œuvres sur papier
- 314 estampes
- 51 photographies
- 9 céramiques
- 41 sculptures
- 122 livres d’artiste
- 7 reliures d’artiste
Une collection riche et hétéroclite, et une merveilleuse donation pour laquelle il faut généreusement remercier le couple Lemand.

En 2018, la Gazette Drouot décrit la collection dans un article dédié :
« Si la donation s’articule autour de trois figures majeures l’Algérien Abdallah Benanteur (1931-2017), le Libanais Shafic Abboud (1926-2004) et l’Iraquien Dia Al-Azzawi (né en 1939), elle n’occulte pas les dizaines d’autres, chacun inscrivant sa pierre dans ce nouvel édifice.
Artistes algériens, bahreïni, égyptiens, iraquiens, libanais, marocains, palestiniens, soudanais, syriens, tunisiens et yéménites constituent toutes les composantes vivantes de la création du monde arabe. »
Alors, en ajoutant cette colossale donation à son catalogue existant, l’IMA peut désormais se placer parmi les plus grandes collections mondiales d’art arabe, voir même au troisième rang mondial, d’après Nathalie Bondil, directrice du département du musée et des expositions de l’IMA.
Devant, elle cite le Mathaf, à Doha (Qatar), qui compte 9 000 œuvres, de 1840 à nos jours, et le musée de Sharjah, de la Fondation Barjeel, avec ses 1300 oeuvres. « Même le Centre Pompidou ne compte que 340 oeuvres représentant 12 nations du monde arabe. » ajoute-t-elle.
Aussi, avec une si importante collection, l’Institut du Monde Arabe doit maintenant écrire une nouvelle page de son histoire, et travailler à un nouveau musée ayant une échelle apte à magnifier ses oeuvres.
Le futur musée
Le président actuel Jack Lang décrit son ambition pour ce nouveau musée, souhaitant qu’il soit à la fois « un musée de l’histoire et de la culture du monde arabe », tout en étant « un musée de la culture moderne et contemporaine du monde arabe ». Alors, l’IMA serait une « institution unique en Occident, la plus importante voire la seule de ce type ».
Un nouveau musée français, parlant des mondes arabes, depuis l’antiquité jusqu’à notre époque contemporaine. Aussi, il abordera un spectre très large, courant des califes arabes aux sultans ottomans, en passant par l’inévitable colonisation, et la décolonisation.
Le futur musée est attendu fin 2025 ou début 2026, et son chantier est estimé à 6 millions d’euros par le ministère de la Culture, qui le prend en charge. Le nouveau parcours créé devrait proposer 2 400 mètres carrés d’exposition. Le budget de fonctionnement de l’IMA est de 24 millions d’euros, assuré principalement par le ministère des Affaires étrangères, en raison de la dimension diplomatique de l’IMA.
De quoi dynamiser aussi le lieu en lui même : L’IMA a compté 612 000 visiteurs en 2022, mais surtout pour ses conférences, ses spectacles, sa bibliothèque prisée des étudiants, sa « maison de la langue arabe »… et assez peu ses expositions, qu’elles soient temporaires ou permanentes.
Les premières ont attiré 300 000 personnes en 2022, mais les secondes moins de 100 000, dont 50% sont des groupes et des « scolaires ». Avec son nouveau musée, l’IMA ambitionne de doubler ses indicateurs.


