A Carnac, une zone vieille de sept millénaires a été partiellement détruite, dont 39 menhirs, pour construire un magasin de bricolage.
Image en couverture : © Marie-Claire Barthès
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Un site archéologique détruit pour un Mr Bricolage
Dans la soirée du 6 juin 2023, le journal Ouest France publiait un article reprenant les informations édifiantes compilés sur un billet de blog publié quatre jours plus tôt, le vendredi 2 juin, par Christian Obeltz un habitant de Carnac, sur Sites & Monuments.org.
Christian Obeltz, se présente comme « Carnacois, ancien vice-président de l’association Menhirs Libres, prospecteur-correspondant du Laboratoire de Recherche Archéologie et Architecture de Université de Nantes, et co-auteur d’un récent ouvrage sur Carnac ».
Christian Obeltz explique qu’un dossier de candidature pour inscrire une vaste zone de menhirs au Patrimoine mondial de l’Unesco sera remis fin septembre 2023 au ministère de la Culture et éventuellement fin janvier 2024 à l’ICOMOS pour instruction. Une zone qui compte « 397 mégalithes des rives de Carnac et du Morbihan, répartis sur 27 communes » très précisément. Et une demande portée par l’association Paysages de Mégalithes.
Cette association a été fondée en 2012, et est actuellement présidée par l’actuel maire de Carnac (Olivier Lepick, premier adjoint à la ville de Carnac de 2004 à 2010 et maire de Carnac depuis 2014), et financée essentiellement par le département.
Or, ce même maire et président de l’association a délivré un permis de construire en août 2022 pour l’installation d’un magasin Mr Bricolage au sud de la Z.A. de Montauban (Carnac).
Et – déjà – un grand hangar vient de s’implanter sur le site, qui pourtant était référencé depuis 2015 dans la base “Patriarche/Carte archéologique nationale”, que Christian Obeltz explique comme « localisable par quiconque sur le site« au n°56 034 0240.
39 menhirs détruits sur un emplacement vieux de 7 millénaires
Un Mr Bricolage qui se construit donc sur un site historique, le chemin de Montauban, dont une partie était « exactement dans sa place d’origine depuis 7000 ans ». Les datations Carbone 14 faites en 2010 sur un site voisin datent ces menhirs entre 5480 et 5320 avant J.-C., « soit la datation la plus haute obtenue pour un menhir dans l’ouest de la France ». Sept millénaires réduits en gravats.
Pire, « ces petits alignements de menhirs accompagnaient, semble-t-il, deux tombeaux néolithiques encore inexplorés ». Deux tombeaux néolithiques inexplorés, situés à 160 m pour le premier, 270m pour le second.
Et comme si cette destruction ne suffisait pas, Christian Obeltz indique que le second (Tumulus du Ruisseau aux Anguilles) « est aussi menacé par un projet d’extension de la déchetterie de Carnac ». Deux tombes millénaires inexplorées aux abords ravagés pour un magasin de bricolage et une déchetterie, donc.
Or, pour ces aménagements (et d’autres, listés et documentés dans le billet e blog cité plus haut), le Comité scientifique international n’a jamais été consulté d’après Christian Obeltz : « Il réunit pourtant tous les experts nationaux et internationaux sur le mégalithisme, notamment la conservatrice de Stonehenge ».
Et ce passionné d’histoire de conclure à propos de l’ampleur historique de cette zone :
« Ce site, même modeste, illustrait ainsi la structuration du territoire dès le Néolithique, une période aujourd’hui considérée par les chercheurs comme l’aube de l’Histoire, 4500 avant les Gaulois et l’Empire Romain. Les files de Montauban, par leur orientation, ont déterminé des limites de parcellaires qui étaient toujours actuelles… jusqu’en 2023 et l’arrivée de Mr Bricolage ! »
Ce que disent le maire et le futur occupant
De son côté, le maire de la ville, Olivier Lepick, assure être de bonne foi : il n’était pas au courant du placement de la zone concernée sur l’Atlas des patrimoines. Interrogé par Ouest-France, il explique que le permis de construire a été « accordé par la mairie et les services de l’État » et pense avoir « respecté scrupuleusement la législation ». Alors qu’il est lui-même président de “Paysages des mégalithes”, l’association citées plusieurs fois, et qui porte le dossier de candidature au patrimoine mondial de l’Unesco.
Olivier Lepick cible plutôt une erreur dans la mise à jour du PLU (le Plan local d’urbanisme) depuis les découvertes réalisées en 2015. Et l’erreur serait due au fait que la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) avait inscrit le lieu de découverte des menhirs en zone de prescription dans l’ancien Plan d’occupation des sols (POS)… Mais pas dans le PLU !
Pour Stéphane Doriel, derrière la SAS Au marché des Druides et le projet de Mr Bricolage en cours, « aucun service, aucun document ne nous a jamais avertis d’une prescription ». Il explique aussi que la première demande refusée en 2014 l’avait été en raison d’une problématique de zone humide, et assure : « Je ne suis pas archéologue, je ne connais pas les menhirs. Des murets, il y en existe partout. Si on avait su cela, on aurait fait autrement, évidemment ! » .


