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Portrait de Mohamed Djeha, l’un des plus gros trafiquants de drogue français arrêté finalement en juin 2023.

Mohamed Djeha, aussi connu comme Mimo, est connu pour être l’un des plus grands narcotrafiquants de Marseille. Un grossiste, qui a été arrêté en Algérie, jeudi 15 juin. Retour sur ce trafiquant de drogue hors du commun.

Qui est Mohamed Djeha ?

C’est un nom bien connu de la cité phocéenne, où il a grandi, mais où surtout son influence est palpable partout. Et ce alors même qu’il a quitté définitivement Marseille, et la France, en 2018, pour fuir une justice devenue trop dangereuse.

Mimo, Papipaolo, ou encore Suarez, trois surnoms, mais un seul homme : Mohamed Djeha. Un homme aux multiples surnoms, mais sans visage, un fantôme, puisqu’aucune photo du trafiquant n’est connue.

Djeha est né le 21 septembre 1981 à Béjaïa, une ville côtière très importante, située 220 kilomètres à l’est d’Alger, qui compte environ 200 000 habitants. Mohamed Djeha a grandi dans la cité de la Castellane, à Marseille, qui deviendra son fief, et possède la double nationalité franco-algérienne.

Depuis plusieurs années, il est considéré comme l’un des plus gros narcotrafiquants de Marseille, voire même de France, ayant un réseau de points de vente de détails, mais aussi des clients dans toute la région marseillaise, et un réseau dont les produits touchent finalement presque toutes les régions de France.

Un très gros trafiquant de drogue

Occupant donc la chaîne complète du parfait trafiquants de drogue, tenant des petits fours très lucratifs comme servant des grossistes locaux implantés dans d’autres bassins, Mohamed Djeha est un modèle de grossiste en drogue.

Dans un article sur le trafiquant, France Info cite une source proche du dossier : »C’est une très grosse prise parce que c’est quelqu’un qui peut être considéré comme le numéro 1 du trafic de drogue sur Marseille, où il était présenté comme le chef du puissant réseau de La Castellane, mais il organisait également l’importation de produits stupéfiants pour d’autres régions françaises »

Un grossiste qui possédait des réseaux tant du côté des narcotrafiquants marocains que des sud-américains, où il s’approvisionnait en cocaïne, qu’il faisait venir en Europe via les gigantesques ports d’Anvers et d’Amsterdam.

Un trafiquant touche-à-tout donc, qui vendait des tonnes de shit comme des kilos de cocaïne, un marché que certains trafiquants ne voulaient pas adresser jusqu’à une époque récente, pour des questions morales, la blanche étant bien plus addictive que le hasch. Mais depuis plusieurs années, les marges confortables de la cocaïne et sa consommation en pleine explosion dans l’hexagone ont logiquement poussé les narcos sur ce marché, et Mohamed Djeha en particulier.

Un réseau de fours très lucratifs

Mohamed Djeha a grandi dans la cité de la Castellane, un quartier qui a compté jusqu’à 1200 logements, pour environ 4000 habitants. Une cité aussi connue pour être celle où a grandi Zinedine Zidane, d’une dizaine d’année plus vieux que le trafiquant.

Avec les années Mohamed Djeha serait devenu « le boss de la Castellane », tenant notamment le point de vente célèbre de la Tour K, démolie en 2019. Un four qui rapportait à une époque entre 50 000 et 90 000 euros de chiffre d’affaires quotidien. Plus largement, les points de vente de la cité rapportent en cumulé une somme équivalente, tous les jours.

Deja aurait aussi la mainmise sur plusieurs points de vente dans la cité phocéenne, comme ceux des Vieux-Moulin, de Kallisté, des Ombrelles…

Un trafiquant loin de la guerre entre Yoda et la DZ Mafia

Mohamed Djeha est aussi un trafiquant qualifié de « très prudent », qui se tenait résolument à distance de la guerre sanglante en cours qui touche plusieurs autres cités et points de vente marseillais. Difficile même de savoir si Mohamed Djeha avait eu personnellement affaire à Félix B., boss de la team Yoda, ou à Abdelatif L., chef de la DZ Mafia.

Mais il est clair que la guerre sanglante que se mènent actuellement Yoda et la DZ Mafia fait (ou faisait) les affaires de Djeha, puisque les clients se détournaient de leurs fours frappés régulièrement par des règlements de comptes, pour ceux du trafiquant algériens, notoirement bien tenus.

La santé des affaires passe par le bien-être du client…

Un criminel recherché

Mohamed Djeha est pourtant tout sauf un enfant de choeur. Connu pour gérer l’intégralité des sujets en rapport avec ses affaires, il s’occupait autant de l’approvisionnement des matières premières que de désigner des cibles à abattre, fidèle à la tradition marseillaise.

Pour ses trafics comme pour les homicides qui ont en découlé, Mohamed Djeha était visé par deux mandats d’arrêt internationaux. Depuis 2018 et un premier procès, Mimo ne résidait plus en France, et rayonnait entre Dubaï, l’Algérie et le Maroc pour gérer ses affaires.

Mais il évitait aussi désormais Dubaï, par crainte d’y être interpelé et remis aux autorités judiciaires françaises. En conséquence, il s’était établi totalement en Algérie, où il est né.

Pour arrêter Mohamed Djeha, il a fallu que l’Ofast (Office antistupéfiants français, dont la mission prioritaire est de traquer les gros trafiquants, souvent à l’étranger) se déplace en Algérie, dès mai 2023. L’équipe avait été rejoint ensuite par le directeur général de la police Frédéric Veaux, et le directeur central de la police judiciaire Jérôme Bonet, en juin, où le sort du trafiquant a été scellé avec les autorités algériennes. C’est finalement à Oran qu’il a été arrêté, le 15 juin 2023.

Deux condamnations (déjà) pour Mohamed Djeha

Mohamed Djeha avait été condamné une première fois en 2019, à dix ans de prison, pour blanchiments.

Le 17 mai 2023, condamné à trente ans en mai par la cour d’assises d’Aix-en-Provence, il était reconnu coupable d’avoir commandité un assassinat commis sur l’autoroute A55 près de Marseille en 2017. La victime avait été prise en chasse dans une Twingo par des assaillants au volant de puissantes BMW.

Après un accident, la Twingo fait des tonneaux, et finit totalement retournée sur la chaussé, les roues vers le ciel. A ce moment-là, l’un des criminels vient achever sa cible, à bout portant, à la kalachnikov, devant témoins. Arrêtés, les deux tireurs – deux frères – ont été condamnés à 28 ans de réclusion criminelle, également en mai dernier.

Mohamed Djeha devrait purger les peines pour lesquelles il a été condamné en Algérie, puisque le pays n’extrade pas ses propres ressortissants. D’autres procès dans le futur pourraient aussi venir ajouter à la liste des condamnations du trafiquant.

Un trafiquant célèbre et important, qui en rejoint d’autres

Plusieurs autres trafiquants importants ont été arrêtés ces dernières années.

En mars 2021, le Franco-Algérien Moufide Bouchibi avait été arrêté à Dubaï, avant qu’il soit transféré en France. La même année, quelques mois après seulement, Hakim Berrebouh, soupçonné de piloter un important trafic de drogue à Marseille, avait lui aussi été arrêté à Dubaï, et lui aussi avait été remis à la justice française.

Enfin, un certain « Rantanplan », dont le vrai nom est Karim Harrat, un Marseillais recherché pour une série d’homicides sanglants entre 2018 et 2020 en lien avec le trafic de stupéfiants, a été extradé vers la France. Comme les autres, il avait partiellement fui à Dubaï, et au Maroc.

La fortune de Mohamed Djeha

Difficile de savoir quel est aujourd’hui le montant de la fortune qu’a accumulé Mohamed Djeha en un quart de siècle de trafic de drogue.

D’autant que cette fortune doit être répartie entre différentes catégories d’actifs, entre investissements immobiliers, cash, investissements directs dans des entreprises ou en bourse, ou encore cryptomonnaies (un actif prisé des réseaux criminels pour les difficultés de tracabilité).

De plus, ces investissement ne sont jamais réalisés en nom propre, mais via des sociétés écrans, basés dans plusieurs pays, dont des paradis fiscaux notoirement opaques, aux quatre coins du monde.

Enfin, on ne connaît pas ce qui a été saisi lors de l’arrestation de Mohamed Djeha, qu’il s’agisse de valises de billets ou de kilos de drogues. Des prises qui pourraient impacter le patrimoine du trafiquant.

Mais au vu de l’ampleur des activités de Mohamed Djeha, et de sa longévité dans le milieu, sa fortune peut être estimée entre 20 et 50 millions d’euros. De quoi cantiner quelques décennies dans les geôles algériennes…