Le vendredi 23 juin, le tribunal administratif de Paris a annulé l’arrêté d’avril 2021 qui avait renouvelé l’agrément judiciaire permettant à l’association Anticor d’intervenir en justice dans des dossiers de lutte contre la corruption.
Image en couverture : © Anticor
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L’association Anticor perd son agrément
Il y a quelques semaines seulement, l’association Anticor fêtait ses vingt ans. Elle avait été fondée officiellement le 25 avril 2023 par Éric Halphen, et Séverine Tessier.
Le premier, Éric Halphen, reste surtout connu du grand public pour « L’affaire des HLM de la ville de Paris », mais qui est aussi devenu en février 2017 un soutien actif du candidat Emmanuel Macron, qui deviendra Président quelques mois plus tard. La seconde, Séverine Tessier, est surtout connue pour son militantisme, majoritairement à gauche.
Anticor bénéficie de l’agrément qui lui permet d’aller en justice, ce qui lui donne la possibilité de porter plainte au nom de l’intérêt général, en matière de délinquance financière et de lutte contre la corruption..
Comme Anticor a porté plainte contre le ministre de la Justice Dupond-Moretti, c’est exceptionnellement le cabinet du Premier ministre (Jean Castex à l’époque) qui avait délivré l’agrément en 2021, au lieu du Garde des Sceaux, alors que le ministre ami de Willy Schraen était en poste depuis moins d’un an.
Une affaire lourde pour Dupond-Moretti, qui est accusé d’un conflit d’intérêts entre son ancienne activité d’avocat et sa fonction de ministre, et mis en examen pour prise illégale d’intérêts, comme beaucoup de ministres des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, et son entourage proche (Alexis Kohler, Richard Ferrand, etc).
Outre les mises en examen de Éric Dupond-Moretti, Richard Ferrand et surtout Alexis Kohler, l’affaire du Fonds Marianne place Marlène Schiappa au-devant de soucis judiciaires importants. Sans parler de Damien Abad, Gérald Darmanin, Caroline Cayeux, Laetitia Avia, Olivier Dussopt ou encore Muriel Pénicaud. Et sans parler également de Alexandre Benalla, protégé par Yaël Braun-Pivet, actuelle Présidente de l’Assemblée nationale de France.
Deux autres associations ont ce même agrément, « Sherpa », qui ne travaille que sur la responsabilité sociale des entreprises, et « Transparency International », bien moins active que Anticor, actuellement partie civile dans 10 contentieux en cours, contre plus de 150 pour Anticor.
Aujourd’hui, Anticor est présidée par l’avocate Élise Van Beneden depuis début 2020, et revendique 6 500 adhérents. Une présidente qui serait très proche du site d’information Blast, qui était épinglée il y a seulement trois jours par le média Arrêt sur Image. Dans un article intitulée « BLAST, OÙ L’ON SOUFFRE DE L’INFO », la journaliste Alizée Vincent dénonce un « management brutal » dans ce néo-média lancé il y a bientôt trois ans.
Qui sont les hommes derrières ce retrait de l’agrément d’Anticor
Et l’association vient de perdre l’agrément qui lui permet d’aller en justice, lui donnant la possibilité de porter plainte au nom de l’intérêt général.
Deux anciens membres d’Anticor se sont retourné contre l’association : Claude Bigel (ancien vérificateur des comptes de l’association, exclu en septembre 2020) et Yves Sassiaut. Ils reprochent entre autres à la présidente sa proximité avec Blast, mais aussi l’idéologie partisane « jugé trop à gauche » de certains adhérents, selon Telerama, et « les dons généreux d’Hervé Vinciguerra, un milliardaire un temps proche d’Arnaud Montebourg », toujours selon Telerama, donnant une comptabilité problématique et allant à l’encontre de ses obligations d’objectivité.
Claude Bigel et Yves Sassiaut se sont attachés les services de Frédéric Thiriez. un nom connu des “footeux”, puisque c’est un ancien président de la Ligue de football professionnel, mais qui est surtout avocat au Conseil d’État, et qu’il a été nommé par le président Macron en 2019 « pour réfléchir à la réforme de l’ENA ». D’après Frédéric Thiriez, Anticor « ne répond pas aux conditions légales » nécessaires pour conserver l’agrément. Un argument qu’il a valorisé le 12 juin 2023 devant la sixième section du tribunal administratif de Paris.
Il s’appuie notamment sur trois articles à charges contre Anticor :
- Un premier paru dans Le Journal du dimanche, propriété de Vincent Bolloré (qui fait actuellement l’objet d’une grève massive face à l’arrivée de Geoffroy Lejeune à sa tête, en remplacement de Jérôme Béglé)
- Un second paru Le Point, propriété de François Pinault, et où Jérôme Béglé a passé dix ans, jusqu’à devenir Directeur adjoint de la rédaction (A noter que Jérôme Béglé est un chroniqueur régulier de Cnews)
- Un troisième dans Causeur, tirage plus confidentiel fondé en 2007 par Élisabeth Lévy (souvent visible chez Pascal Praud sur Cnews)
Le premier (paru dans le JDD du 18 janvier 2021) de ces trois articles utilisés par Frederic Thiriez pour défendre ses deux clients a été épinglée par le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM).
Juan Branco, avocat très connu des réseaux sociaux et qui a eu une heure de gloire médiatique au moment de l’Affaire (du pénis de) Griveaux, a également plaider en faveur de l’annulation de l’agrément d’Anticor. Un dessein très personnel pourrait animer ce farouche opposant au gouvernement, puisquedans le cadre de son activité d’avocate, la président d’Anticor Élise Van Beneden défend l’une des anciennes collaboratrices de Juan Branco aux prud’hommes.
Anticor pourra déposer une nouvelle demande d’agrément auprès de l’exécutif, qui devrait alors être validée par… Élisabeth Borne, elle-même dans le viseur d’une enquête (avec Anne Hidalgo) dans le dossier de la tour Triangle, à Paris.
Pour Élise Van Beneden,« C’est la fin de la démocratie. ». Elle dit aussi « Cette annulation constitue une atteinte grave à la démocratie, ainsi qu’aux libertés associatives » et déplore un « essoufflement de la lutte contre la corruption, où le rôle des associations est essentiel ».


