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Alors que le ROI de l’intelligence artificielle se dessine, les chiffres d’affaires connus montrent un écart abyssal… qui ne sera peut-être pas résorbé.

L’action Nvidia n’a gagné que 5,68% en un mois à l’heure d’écrire ces lignes, mais reste sur une croissance de 146,3% sur six mois, que les investisseurs se rassurent.

Cependant, on peut se poser la question : la bulle de l’IA est-elle sur le point d’éclater ?

Entre 1995 et 2000, le NASDAQ a grimpé en flèche de 800%. L’indice a ensuite chuté de 78% au cours des 2,5 années suivantes. Bientôt un quart de siècle après ce crash, Sequoia, la crème de la crème des sociétés de capital-risque, se demande si l’IA ne va pas connaître le même sort que la bulle Internet.

Leur raisonnement ? C’est une question de retour sur investissement (ROI).

Pour imager, comparons les coûts du développement de l’IA comme ceux qu’on applique à la rénovation d’une maison : vous avez besoin que la valeur de la maison augmente de plus que ce que vous avez dépensé pour les travaux effectués (idéalement en incluant la taxation imposée).

Pour l’IA, le ROI à atteindre serait de 600 milliards de dollars. C’est le montant que l’écosystème de l’IA doit générer en revenus pour justifier ses dépenses actuelles en GPU et en datacenter, qui sont les bases de la construction de l’IA.

The Economist a fait quelques calculs à ce sujet : les investisseurs ont ajouté plus de 2 mille milliards de dollars de capitalisation boursière aux cinq grandes valeurs technologiques, prévoyant un revenu supplémentaire de 300 à 400 milliards de dollars par an.

Il faut cependant maintenant regarder les faits, et comparer : Le chiffre d’affaires annualisé d’OpenAI est de 3,4 milliards de dollars. C’est impressionnant, certes, mais ce n’est pas 600 milliards de dollars – ce qui, soit dit en passant, est plus qu’Apple en une année entière.

Pour ne rien arranger, OpenAI gagne plus d’argent en vendant ses modèles d’IA que son partenaire Microsoft, dont la capitalisation boursière a pourtant augmenté d’un billion de dollars au cours de l’année écoulée.

Pourquoi c’est important : ce n’est pas que les gens n’utilisent pas l’IA – une étude Microsoft/LinkedIn a révélé que 75 % des travailleurs du savoir dans le monde l’utilisent. Le problème ? Ils ne dépensent pas assez pour justifier ce que les investisseurs dépensent pour la développer (coucou Nvidia).

En fait, la plupart des gens se contentent de profiter des chatbots gratuits d’OpenAI, d’Anthropic et de Google. Ils devraient aussi rapidement adopter les chatbots IA gratuits de Meta sur Instagram, Facebook, Threads, WhatsApp…

Pour que l’IA justifie sa valorisation actuelle, il faudrait qu’un plus grand nombre de personnes et d’entreprises commencent à constater un impact sérieux sur leurs résultats (des entrées tangibles dans la colonne des bénéfices).

Sinon, nous risquons d’être confrontés à la réalité d’ici un à deux ans. Et la réalité sera un éclatement de la bulle assez violent, et quelqu’un devra payer la note tôt ou tard. Mais avec quelques milliards de dollars à peine générés par le leader médiatique du marché OpenAI, difficile de voir comment vont se convertir ces recettes en 600 milliards.