Plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés de bambous devraient disparaître à partir de 2028, lorsque la variété fleurira pour la première fois depuis 1908.
Et c’est un problème environnemental majeur pour le Japon.
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Au Japon, une variété de bambou va fleurir pour la première fois depuis 120 ans
Il ne fleurit presque jamais, il ne produit pas de graine, ses jeunes pouces meurent toutes très vite, et pourtant, il couvre une grande partie du Japon :
Quel est cet étrange bambou qui intéresse et inquiète plusieurs scientifiques ?
Le Phyllostachys Nigra Henonis, parfois appelé bambou Henon, est originaire de Chine, et sa croissance dure une vingtaine d’années. Il peut alors atteindre 20 mètres de hauteur, et 10 centimètres de diamètre !
C’est une variété de bambou dites ‘monocarpiques’ : La pousse fleurit une seule fois, puis meurt. Une spécificité très rare parmi les plantes, et plus globalement dans le vivant.
Plus surprenant encore, le Phyllostachys Nigra Henonis a un intervalle de floraison exceptionnellement long, qui doit durer plus d’un siècle, environ 120 ans : d’après une équipe de scientifiques qui s’est penché sur le sujet, la dernière grande période de floraison de ce bambou a eu lieu en 1908.
Dans leur étude publiée dans la revue National Library of Medicine, les scientifiques dirigées par le professeur Toshihiro Yamada expliquent « qu’aucune étude sur la régénération de cette espèce de bambou n’a été menée lors de la dernière floraison dans les années 1900 », et qu’en conséquence, « le processus de régénération de cette espèce » est encore inconnu aujourd’hui.
Pourquoi cet intervalle si long est un problème, et un mystère ?
S’il est originaire de Chine, le bambou Henon est cultivé au Japon depuis le IXème siècle, et est devenu l’une des variétés de bambou les plus courantes du pays.
Un constat qui pousse les scientifiques à s’intéresser de près à la variété :
« Étant donné qu’une grande partie du pays est actuellement couverte par cette espèce, le dépérissement de ces peuplements après la floraison et les changements drastiques de l’occupation des sols qui s’ensuivraient pourraient causer de graves problèmes sociaux et/ou environnementaux. »
C’est donc plus qu’une curiosité scientifique ordinaire, mais bien une volonté écologique et environnementale qui anime l’équipe. Quand des milliers de kilomètres carrés de bambou vont mourir à travers tout le Japon, en quelques mois voire quelques années, ne laissant rien derrière eux, que va-t-il se passer ?
En 2020, ils ont pu observer et étudier une floraison localisée (à Fukutomi, Higashi-Hiroshima) de Phyllostachys Nigra Henonis, sur une période d’environ trois ans, et en ont profité pour observer en détail le processus initial de régénération de l’espèce.
Et c’est là que les choses commencent à être étranges et mystérieuses quant à ce bambou : Sur une période de trois ans, plus de 80% des chaumes (jeunes pousses) du site d’étude ont fleuri, mais aucune graine n’a été produite. En outre, aucun plant établi n’a été localisé.
Ils notent :
« Ces faits suggèrent fortement que P. nigra var. henonis n’a pas la capacité de produire des graines et ne peut pas subir de régénération sexuelle. »
Le reste de l’observation est encore pire : Quelques jeunes pousses de bambou ont été produites après la floraison, mais sont mortes dans l’année qui a suivi leur apparition.
Des pousses petites et faibles sont également apparus après la floraison, mais la plupart d’entre elles sont mortes en l’espace d’un an. Trois ans après la floraison, toutes les jeunes pousses étaient mortes et aucun signe de régénération n’avait été détecté.

« Sur 334 chaumes recensés en janvier 2021, 149 avaient fleuri, et seulement 31 étaient vivants en janvier. Seuls sept chaumes ont survécu jusqu’en juin 2022 (2 ans après la floraison).
Ainsi, seulement 5 % des chaumes fleuris ont survécu jusqu’à présent, et ces sept chaumes semblaient très faibles et commençaient à mourir. Parmi les 185 chaumes non fleuris présents en janvier 2021, 175 (95%) ont survécu jusqu’en juin 2022.
Sur 185 chaumes non fleuris recensés en 2020, 129 ont fleuri et 49 sont restés non fleuris en juin 2022. Étonnamment, tous ces chaumes, quel que soit leur état de floraison, étaient morts en octobre 2022, et aucun individu de bambou n’était encore en vie dans le parcelle autre que quelques ramets nains. »
Les scientifiques commentent, interloqués :
« D’après nos 3 années d’observation, ce bambou semble difficilement régénérable, ce qui est complètement contredit par le fait que cette espèce persiste depuis longtemps au Japon. »
Dans leur étude, les scientifiques estiment que certains phénomènes majeurs peuvent jouer dans l’absence de facteurs de reproduction observé sur ce bambou :
Le masting (une limitation du pollen due à certaines conditions) et une auto-incompatibilité génétique (déjà observée sur une autre espèce de bambou au Japon, P. bambusoides).
Les études antérieures menées en Chine (pays d’origine de la variété) n’ont pas permis de mieux comprendre comment le bambou Henon se reproduisait, et comment il se pérennisait dans le temps, depuis des siècles.
Alors, lorsque la floraison devrait avoir lieu à partir de 2028, la disparition de forêts entières de bambou entraînera « d’énormes pertes économiques » mais aussi à « des changements drastiques de la végétation et de la couverture terrestre » :
« Après la floraison, un peuplement de bambous est remplacé par une prairie. Cela conduit clairement à une perte importante de biomasse. Cependant, cela peut contribuer à prévenir une érosion excessive des sols. »
Un avenir sombre qu’on n’aurait pas estimé si étroitement lié à la reproduction énigmatique d’une variété chinoise de bambous au Japon…
Retrouvez l’étude à ce lien.


