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À côté de Rome, au fond du lac de Bracciano, cinq canoës millénaires ont été exhumés et datés par une équipe de chercheurs qui ont publié leurs travaux le 20 mars 2024 dans Plos One.

Des embarcations millénaires trouvées dans toute l’Europe

Il y a plusieurs millénaires déjà, pendant le Néolithique, les bateaux permettaient des mouvements rapides de population, des contacts et des échanges de marchandises.

Les historiens pensent plus largement que la connaissance maritime des hommes implantés autour de la Méditerranée s’est peaufinée pendant tout le Mésolithique (période précédent le Néolithique).
Une période qui a duré de la fin de la dernière période glaciaire, il y a 11 700 ans, et s’achève avec l’adoption de l’agriculture et de l’élevage comme source alimentaire principale, autour de 6 400 avant JC en Grèce et dans les Balkans et jusqu’à 2 300 avant JC en Europe septentrionale.

Et que fort de ces connaissances, les groupes de l’époque Néolithique partaient en voyage avec des connaissances acquises, transmises et perfectionnées « de génération en génération ».

Une grande partie des plus vieilles preuves de voyages maritimes en Europe ont été trouvées sur des sites datant du mésolithique. Elles ont un rôle crucial pour expliquer l’occupation durant cette période lointaine d’îles comme Chypre, la Corse, la Sicile, mais aussi certaines îles grecques comme Ikaria, Lemnos et Melos.

D’après les historiens, les barques, canoës et embarcations découvertes sur plusieurs sites « ouvrent une fenêtre sur la navigation passée ». Certains des exemples « les plus remarquables » de canoës et pirogues, le plus souvent constituées d’un seul tronc, datant du mésolithique ont été trouvés :

  • En France, à Noyen-sur-Seine (4,5 mètres de long, datés de 7190-6540 avant JC) et Le-Codray-Montceaux-Nandy (8 mètres, 7240-6720 avant JC). Des barques plus récentes à Paris-Bercy (2890-2510 avant JC, 6 et 8 mètres de long), et de Charente (5,5 mètres, 3650-2900 avant JC) étaient fabriquées en chêne.
  • En Allemagne, à Dümmerlohausen (en chêne) et Stralsund-Mischwasserspeicher (un modèle datant de 4800-4700 avant JC et long de 8 mètres, en tilleul, et un modèle de 12 mètres de long datant de 3800 avant JC)
  • Aux Pays-Bas, à Pesse (3 mètres de long, 7920-6470 avant JC)
  • Au Danemark, à Tybrind Vig (10 mètres, en tilleul, 4300-4100 avant JC), Lystrup (6 à 7 mètres de long, en peuplier, 5200-5000 avant JC), Praestelyng II-Baden, Seeland (7 mètres, en aulne, 3640 et 2920 avant JC)
  • En Slovénie, à Hotiza (en aulne)
  • En Suisse, à Bevaix (8,27 mètres, en pin, 3500-3030 avant JC)

Ces bateaux ont été conservés pendant des millénaires sous l’eau, dans les lacs et lagunes, ou dans des sites très humides (comme des tourbières). D’autres éléments spécifiques ont parfois été retrouvés, comme des rames.

Les barques de La Marmotta

Bracciano, à quelques kilomètres au nord-ouest de Rome, est un site unique de fouille : Le lac de Bracciano est relié à la mer Méditerranée par le fleuve Arrone. Il a été détecté comme ayant une valeur archéologique potentielle en 1989, puis fouillé de 1992 à 2006. Une autre phase de fouille mineure a été réalisée en 2009.

La zone archéologique se trouve à environ 300 mètres de la rive contemporaine du lac, à une profondeur de 11 mètres (8 mètres d’eau puis 3 mètres de sédiments). Ce qui forme une protection naturelle.

On y a trouvé des preuves de bétail domestique, principalement des moutons et des chèvres, mais aussi des bovins et des porcs. Deux espèces canines de tailles différentes ont aussi été relevées. Enfin, un large éventail d’animaux sauvages (dont des mammifères, des oiseaux, des reptiles et des poissons) ont été retrouvés dans les vestiges de cette époque.

Là, les archéologues ont aussi trouvé les restes d’un village : 3400 pieux attestant la structure d’habitations, des restes de murs en torchis, des toits constitués de tiges de différentes sortes de plantes et des planchers en bois en bois. Leurs positions ont permis de définir un groupe de 14 maisons rectangulaires (mesurant environ 8 à 10 mètres de long et 6 mètres de large) avec « des murs intérieurs et un foyer central ».

On y a aussi trouvé des ustensiles et des outils nombreux et variés, en bois, vannerie et textiles : des arcs, des herminettes, des faucilles, des cuillères, des fuseaux, des objets éventuellement liés au travail des textiles, des récipients et des paniers en bois…

Mais on vient aussi d’y découvrir cinq barques vieilles de plus de 7000 ans ! Dans le détail, ces cinq canoës millénaires trouvés à La Marmotta étaient associés à certaines maisons du village :

« Le Canoë 1 était à côté de la Structure 6, le Canoë 2 était à côté de la Structure 5, le Canoë 3 à côté de la Structure 12, le Canoë 4 à côté de la Structure 3 et le Canoë 5 à côté de la Structure 13. »

Mais surtout, voici ce qu’on sait sur ces 5 bateaux :

  • Marmotta 1 : Une immense pirogue fabriquée à partir d’un tronc de chêne de 10,43 mètres de long, 1,15 mètre de large à l’arrière et 0,85 mètres de large à l’avant, pour 65 à 44 cm de haut. Quatre renforts transversaux « auraient augmenté la durabilité de la coque et l’auraient protégée, tout en améliorant sa maniabilité ».
  • Marmotta 2 : Fait d’un gros tronc d’aulne, il mesure 5,4 mètres de long, 0,4 mètre de large à l’arrière et 0,36 mètre de large à l’avant.
  • Marmotta 3 : Il mesure 8,35 mètres de long, 58 cm de large à l’arrière et 50 cm de large à l’avant.
  • Marmotta 4 : Retrouvé dans un état « fragmentaire », on peut seulement dire que sa largeur maximale est de 65 cm.
  • Marmotta 5 : Formé à partir d’un tronc de hêtre, il mesure 9,5 mètres de long et 60 cm de large au maximum au niveau de la poupe. 

Six datations au radiocarbone ont été faites (cinq pour les canoës et une pour une pièce en forme de T trouvée à côté). Et les résultats indiquent que les cinq pirogues ont été utilisées « de manière continue » entre 5620-5490 et 5310-5085 avant JC.

Ce qui fait que ces cinq embarcations ne sont pas les plus vieilles connues, mais sont des artefacts très rares et parmi les plus important pour comprendre de quels moyens disposaient nos ancêtres pour évoluer sur les eaux il y a des milliers d’années.

Les chercheurs fournissent aussi une frise chronologique très éclairante :

Les chercheurs situent cette découverte dans un contexte historique millénaire :

« Bon nombre des civilisations les plus importantes d’Europe sont originaires des rives de la mer Méditerranée. Les Phéniciens, les Grecs, les Romains et les Carthaginois sillonnaient cette mer pratiquement fermée pour se déplacer rapidement le long de ses côtes et entre ses îles. À différentes époques historiques, la Méditerranée était un espace de voyage et un moyen de communication. 

Cependant, l’un des principaux phénomènes migratoires de l’histoire a eu lieu au Néolithique, lorsque les communautés agricoles ont commencé à se répandre en Europe et en Afrique du Nord. Bien que les débuts du Néolithique soient documentés au Proche-Orient vers 10 000 JC, les communautés de cette région ont progressivement occupé toute la Méditerranée vers 7 500-7 000 avant JC et atteint les côtes du Portugal vers 5400 avant JC. »

Enfin, il est possible qu’une grande partie des vestiges du site de Bracciano n’ait pas encore été découverte : « Nous pensons qu’il existe peut-être un plus grand nombre de bateaux encore conservés sous les eaux du lac de Bracciano. »