Une pilule qui libère lentement de la kétamine pourrait traiter les personnes souffrant de dépression sévère, tout en leur évitant les effets secondaires psychédéliques de la drogue.
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La kétamine, déjà connue et utilisée pour la dépression
Développée au milieu du vingtième siècle et lancée dans les années 1960 comme anesthésique, la kétamine a des effets puissants et hallucinogènes qui en ont fait une drogue festive par usage détourné.
En parallèle, des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses au fur et à mesure des années ont démontré que la kétamine est efficace pour environ 25% des personnes souffrant de dépression et qui ne trouvent pas de médication efficace avec les antidépresseurs ordinaires. Aussi, dans de nombreux pays, la kétamine est désormais prescrite pour traiter la dépression.
Le fantasque milliardaire américain Elon Musk avait déclaré sur CNN en mars dernier qu’il utilisait régulièrement une petite quantité de kétamine (micro-dosage), sous prescription médicale, parce que c’est « utile pour sortir d’un état d’esprit négatif ». Si ce témoignage positif est intéressant, on pense aussi à l’acteur de la série Friends, Matthew Perry, mort suite à une overdose de kétamine en 2023.
La molécule a longtemps été administrée par voie intraveineuse. Récemment, un spray nasal utilisant un dérivé appelé eskétamine a gagné en popularité, via les marques Eskesia et Spravato.
Les deux formes d’usages peuvent provoquer chez les patients des effets secondaires tels que la « dissociation », de l’hypertension artérielle et une fréquence cardiaque élevée.
Et si l’effet de la kétamine est prouvé et maitrisé, au-delà des risques d’abus basiques et de détournements, on craint aussi que son usage et l’addiction liée n’en fasse une nouvelle ‘crise des opioïdes’ – comme celle qui touche de plein fouet les USA depuis une quinzaine d’années et qui voit le cabinet McKinsey inquiété par la justice américaine.
Il existe un autre traitement moins connu à la dépression sévère, mais également efficace : les électrochocs. Ce traitement de dernier recours, qui consiste à envoyer des courants électriques à travers le cerveau, a vraiment fait ses preuves.
Mais il peut entraîner des pertes de mémoire – et l’effet sur le grand public de films comme « Vol au-dessus d’un nid de coucou » n’a pas aidé à l’image du traitement.
Une pilule de kétamine propose une nouvelle voie pour son usage
La pilule de kétamine décrite dans un article publié dans la revue Nature Medicine lundi 24 juin prend elle plus de 10 heures pour se décomposer intégralement dans le foie, a expliqué Paul Glue, auteur principal de l’étude.
Une manière de diffuser efficacement la kétamine sans recours à la voie intraveineuse complexe et sans le spray facilement détourné ou addictif. La pilule de kétamine provoquait cependant encore plusieurs effets secondaires, « les plus courants étant des maux de tête, des étourdissements et de l’anxiété ».
Résultat de l’expérimentation : Plus de la moitié des personnes prenant la pilule de kétamine mise au point par les chercheurs sont entrés en rémission de leur dépression, alors que 70% du groupe placebo avait rechuté après 13 semaines, selon l’étude.
Des résultats très positifs qui appellent des recherches supplémentaires et une phase d’essais plus avancés (de phase 3). Des étapes nécessaires avant que le médicament puisse être proposé aux agences nationales de santé. Ce qui signifie qu’il faudra « au moins deux ou trois ans avant que les patients puissent potentiellement accéder aux pilules » de kétamine, a expliqué Paul Glue.
Retrouvez l’article « Extended-release ketamine tablets for treatment-resistant depression: a randomized placebo-controlled phase 2 trial » parue dans Nature le 24 juin dernier à ce lien.


