L’essor de l’IA met en péril les efforts des big tech pour atteindre leurs objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre.
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C’était à la fois très prévisible, et relativement inattendu : Le rapport environnemental annuel de Google/Alphabet a dévoilé que les émissions totales de dioxyde de carbone de l’entreprise ont augmenté de près de 50% entre 2019 et 2023, pour atteindre 14,3 millions de tonnes. La raison de cette hausse massive ? Google l’attribue à « ses efforts » pour satisfaire la demande croissante en matière d’IA.
Dans le détail, les émissions de CO2 de Google ont augmenté de 16,7% entre 2021 et 2022 et de 13,5% entre 2022 et 2023, soit une hausse totale de 48% sur ces périodes. « Au fur et à mesure que nous intégrons l’IA dans nos produits, la réduction des émissions pourrait s’avérer difficile en raison de l’augmentation de la demande d’énergie liée à l’intensité accrue du calcul de l’IA et des émissions associées aux augmentations prévues de nos investissements dans l’infrastructure technique », explique le rapport de Alphabet.
Mais voici quelques données à retenir :
- Les trois quarts des émissions totales, soit 10,8 millions de tonnes, sont associées aux achats qui comprennent le matériel et la construction des datacenters. Ces émissions ont augmenté de 23% entre 2019 et 2023 et de 8% d’une année sur l’autre.
- L’alimentation, le chauffage et le refroidissement des datacenters et autres installations représentent environ un quart des émissions de Google en 2023. Les émissions liées à ces activités ont été multipliées par plus de quatre depuis 2019.
- Les énergies vertes (ou relativement vertes) ont considérablement réduit les émissions totales des datacenters de Google, mais certaines régions n’en disposent pas de suffisamment pour répondre à la demande. L’énergie solaire, éolienne, hydraulique, géothermique et nucléaire représente la majeure partie de l’énergie consommée par les datacenters de Google en Europe, au Canada et en Amérique du Sud. En revanche, ces sources représentent moins de 5% à Singapour, au Qatar et en Arabie saoudite.
Pour autant, loin des chiffres négatifs, on doit regarder les choses avec plus de nuance : Google s’efforce de réduire ses émissions de gaz à effet de serre sur plusieurs fronts. Ses efforts pour acheter de l’électricité provenant de sources à faibles émissions ont permis de réduire son empreinte carbone nette d’environ 30% en 2023.
Google affirme que les datacenters qu’elle possède et exploite sont 1,8 fois plus économes en énergie qu’un datacenter classique, et que ses unités de traitement tensoriel (TPU) de sixième génération sont « 67% plus efficaces que celles de la génération précédente ».
Aussi, Google a demandé à ses plus grands partenaires matériels de couvrir 100% de leur consommation d’énergie par des énergies renouvelables en 2029. L’entreprise poursuit plusieurs initiatives basées sur l’IA pour atténuer le changement climatique, qu’il s’agisse de prévisions météorologiques ou d’itinéraires de véhicules économes en carburant. Elle affirme que l’IA peut réduire de 5 à 10% les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2030.
En 2020, après cinq années de réduction (réussie) de son empreinte carbone, Google s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles d’ici à 2030. Mais depuis, ses émissions totales ont augmenté chaque année…
L’expérience de Google reflète celle d’Amazon et de Microsoft, qui visent à atteindre des émissions nettes de CO2 nulles d’ici 2030 et 2040 respectivement. Les émissions d’Amazon ont augmenté de 39% entre 2019 et 2022, tandis que celles de Microsoft ont augmenté de 29% entre 2020 et 2023. (Les revenus issus des activités Cloud d’Amazon et de Microsoft étaient à peu près trois fois supérieurs à ceux de Google en 2023, et leurs émissions de gaz à effet de serre liées à l’IA étaient donc logiquement plus importants).
Pourquoi c’est important : L’utilisation croissante de l’IA implique une bien plus grande consommation d’énergie. Les objectifs ambitieux des géants de la technologie en matière d’émissions sont antérieurs à la croissance rapide de l’IA générative, et leurs derniers rapports montrent qu’il est temps de les repenser. Il est donc urgent de redoubler d’efforts pour développer les énergies renouvelables et les autres sources d’énergie à faible taux d’émission.
Il faut mettre les choses à l’échelle : pour l’instant, les datacenters et l’informatique Cloud sont responsables de seulement 1% des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie dans le monde, une goutte d’eau par rapport aux transports, à la construction ou même à l’agriculture.
La question serait plutôt : comment fournir de l’énergie décarbonnée aux datacenters de Google, de Microsoft, et d’autres entreprises ? En Europe, et en particulier en France, le nucléaire a été l’option privilégiée depuis un demi-siècle.
Mais l’arrivée potentielle du NFP au pouvoir pourrait orienter la production vers des énergies vertes moins puissantes et plus alternatives (l’éolien a besoin de vent, le solaire de soleil) : Difficile d’imaginer alimenter l’IA avec.


