__


Google finalise une première version de Magi, allant plus loin que Bard, qui pourrait être lancée dès mai 2023.

Google vs OpenAI : De LaMDA à ChatGPT

C’était il y a bientôt un an. Soit une éternité dans le nouveau paradigme de l’intelligence artificielle.

Des conversations d’un ingénieur de chez Google (Alphabet) avec une intelligence artificielle nommée LaMDA (pour Language Model for Dialogue Applications) étaient publiées. LaMDA et Blake Lemoine avaient ensemble une conversation via un chatbot (dont une partie est accessible à ce lien), un fonctionnement depuis popularisé par le succès de ChatGPT.

Mais à l’époque, la qualité des réponses de LAMDA, et ses étonnantes expressions d’humanité, font parler dans le monde entier. En France, Journal du net écrit « LaMDA serait une IA sensible« . C’est à cause de ce surprenant (et un peu dérangeant) côté humain que Blake Lemoine a alors alerté sa hiérarchie et l’opinion publique.

Suite à la publication de ces échanges, Google avait réagi, affirmant que l’ingénieur n’avait aucune preuve attestant que LaMDA serait vraiment dotée de « sensibilité », et Blake Lemoine a été licencié.

Mais la technologie de Google (LaMDA se base sur une architecture de réseau neuronal de type Transformer, comme BERT et GPT-3) fait beaucoup parler… pendant quelques semaines, avant que le soufflé retombe. Et que sans tambour ni trompette OpenAI lance sur le marché ChatGPT en novembre 2022, et bouleverse entièrement le secteur de la tech mondiale, et de l’intelligence artificielle en particulier. Au point que toute la Silicon Valley se tourne vers l’ »AI », et qu’on parle en ce moment (non sans ironie) de « Cerebral Valley ».

De Bard à Magi, les réponses de Google

Ce n’est probablement pas tant de s’être fait couper l’herbe sous le pied par un jeune ambitieux qui a touché Google et Alphabet que la perspective de se faire uberiser par un tout nouveau fonctionnement d’internet, dans lequel l’entreprise ne serait pas en position de monopole comme c’est le cas depuis dix ans.

Car le géant de la recherche ne domine pas seulement ce secteur d’activité, mais possède aussi une position de monopole du marché de la publicité, qui lui vaut une lourde procédure en justice. Dans un article sur le sujet fin janvier 2023, Le Monde Informatique décrit :

« {…} le ministère de la Justice et les États ont demandé au tribunal d’obliger Google, « au minimum », à se défaire de sa suite Google Ad Manager, qui comprend à la fois le serveur publicitaire des éditeurs de Google, DFP, et le système d’échange publicitaire, AdX. {…} La plainte de 149 pages accuse Google d’avoir usé de son influence pour éliminer la concurrence sur le marché des technologies publicitaires. Le ministère de la justice affirme, par exemple, que la firme conserve environ 30 centimes de chaque dollar publicitaire qui passe d’un annonceur à un éditeur. {…} La firme américaine s’est essentiellement offert le contrôle de la publicité sur le Web du point de vue des éditeurs que des annonceurs. {…} en 2015, Google détenait 90 % du marché de la publicité en ligne. »

Seulement, si les utilisateurs utilisent du jour au lendemain internet via l’intelligence artificielle de OpenAI, ChatGPT, c’est la poule aux oeufs d’or qui disparait de Mountain View.

Alors, pendant que le monde s’ébahit devant le niveau incroyable de la techologie GPT 3,5, Google accélère, et présente Bard début février 2023, sa réponse « IA » maison, utilisant les technologies de LamDA.

Mais le « show » tourne court quand on se rend compte que Bard propose une information fausse : à la question « Quelles découvertes du télescope James Webb puis-je raconter à mon fils de 9 ans », Bard présente comme vraie une mauvaise réponse. Dans la foulée, l’action Alphabet dégringole, et l’entreprise perd 100 milliards de dollars de valeurs en 24h.

Nous sommes quelques semaines plus tard, et Sundar Pichai a pressé ses équipes de fournir une réponses plus performante aux utilisateurs, alors qu’entre-temps GPT-4 a été lancé par OpenAI, avec un nouvel effet “wahou”. Pour le journaliste Nico Grant, « la modernisation de son moteur de recherche est devenue une obsession pour Google ».

La réponse de Google, d’après le New York Times : Magi.

Citant des documents internes qu’il a pu examiner, le journal explique que « Google s’empresse de construire un tout nouveau moteur de recherche » utilisant l’intelligence artificielle. Sans surprise. Mais l’ensemble de ces nouvelles fonctionnalités seraient regroupées sous le nom de code « Magi », même si le projet s’appuierait sur “Bard”. Une partie importante des équipes les plus pointues de l’entreprise seraient à la manoeuvre, puisque « 160 personnes » travailleraient à temps plein sur Magi, et qu’une partie importante des fonctionnalités seraient en phase de test.

Parmi les fonctionnalités avancées de ce « nouveau Google », un chatbot boosté à l’IA, bien sûr, mais aussi un système de génération d’image (comme Dall-E, MidJourney ou encore Stable Diffusion) directement intégré à Google Images. Google voudrait aussi attaquer OpenAI sur l’un des axes les plus puissants de GPT-4, le développement informatique. Depuis cette dernière version, on peut demander à ChatGPT de coder une application iOS ou Androïd, de créer un site web, du design au code, et même de corriger du code, y compris… le sien. Vertigineux, et potentiellement très lucratif.

La première version de Magi serait lancée par Google dès le mois de mai 2023, pour un pool d’utilisateurs très limité cependant : Le NYT parle de 1 million seulement, et uniquement aux Etats-Unis. Ensuite, Google augmenterait progressivement, pour atteindre 30 millions d’utilisateurs d’ici fin 2023.

Alors, avec MAGI, Google et Alphabet vont-ils rattraper leur retard dans l’intelligence artificielle générative, et inverser une bascule vers les services de OpenAI à l’oeuvre depuis plusieurs mois ? Réponse dans quelques semaines.