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Comblant les pénuries de main-d’oeuvre de certains secteurs, les robots humanoïdes pourraient être une industrie colossale.

Le marché de la robotique

Une fois n’est pas coutume, parlons d’Elon Musk. Au milieu de ses actualités successives, l’information semblait si anodine qu’elle n’a pas marqué les esprits. Point de roadster attaché à une fusée, d’enfants surprises, ou d’achat compulsif à 44 milliards de dollars cette fois.

Non, cette fois, il ne s’agissait que de la présentation d’un futur produit adressant un marché annuel de plus de 150 milliards de dollars. Une paille.

Durant les derniers Tesla AI Day, fin septembre 2022, Elon Musk dévoilait sur scène deux premières versions du robot Optimus. Un robot bipède, d’environ 1m75 pour une cinquantaine de kilos, capable de se déplacer et d’interagir avec son environnement en total autonomie. Un robot humanoïde, développé par les équipes de Tesla, dont la vocation sera de décharger les humains de tâches laborieuses, répétitives ou ennuyeuses. Comme par exemple :

  • Arroser les plantes
  • Faire du café
  • Ouvrir et fermer les fenêtres pour aérer quelques minutes
  • Nettoyer les sols ou ranger la vaisselle

Un robot à mi-chemin entre le majordome et l’assistant personnel digital (comme Siri d’Apple ou Alexa d’Amazon), qui pourrait aussi remplir des fonctions plus poussées. Dans le domaine de l’assistance à la personne, le manque de main-d’oeuvre pourrait devenir un problème critique que les robots humanoïdes pourraient résoudre. Ce type de robot pourrait permettre d’aider une personne âgée à conserver une certaine autonomie à domicile, pour les tâches simples. Il pourrait aussi accompagner dans certaines actions les personnes en situation de handicap.

Et il ne s’agirait plus alors d’un couteux gadget, lubie d’un milliardaire en manque d’auto-promotion, mais bien d’un produit aux enjeux capitaux, aptes à aiguiser les ambitions.

Un marché colossal selon Goldman Sachs

Un produit qui créerait un marché significatif, dont le volume annuel vient d’être chiffré par Goldman Sachs, à 154 milliards de dollars. Dans un rapport, consulté et cité par le média américain Electrek dans un article dédié, la banque d’affaires pense que la pénurie de main-d’oeuvre que pourrait combler ce type de robot ouvrirait un colossal marché, apte à attirer les investissements nécessaires :

« Le lancement du prototype de robot humanoïde de Tesla, l’ »Optimus », a de nouveau suscité un débat sur les possibilités financières d’une telle innovation.

L’investissement dans les robots humanoïdes est considérable – nous estimons que d’ici 10 à 15 ans, un marché d’au moins 6 milliards de dollars sera réalisable pour combler 4% de la pénurie de main-d’œuvre manufacturière aux États-Unis d’ici 2030 et 2% de la demande mondiale de soins aux personnes âgées d’ici 2035. »

Goldman Sachs – Elektrek

Néanmoins, Goldman Sachs insiste sur les nombreux obstacles à lever en amont :

  • La conception de ce type de robot d’abord : un robot humanoïde ayant des capacités de mouvement complètes, lui permettant un panel d’actions diversifiées, est extrêmement compliqué à développer. Cela n’a même encore jamais été réalisé…
  • Les cas d’utilisation : un robot qui arrose les plantes et qui ouvre les fenêtres ne nécessite pas les mêmes choses qu’un robot qui porte un handicapé et son fauteuil jusqu’au troisième étage dans des escaliers en colimaçon. Un monde sépare ces usages dans le développement technologique nécessaire. Savoir pour quels usages est développé un robot est crucial, en amont.
  • L’acceptation par le grand public : l’être humain s’est facilement habitué aux nouvelles technologies, mais n’est pas pour autant prêt à basculer dans toutes les options, comme le montre l’échec cuisant des tentatives de metaverse. Envisager un robot humanoïde est une chose, être prêt à vivre dans un monde où ces engins se déplaceraient parmi nous, vivraient chez nous, en est une autre.
  • L’accessibilité financière : last but not least, le coût de ce type de produit n’est pas du tout à prendre à la légère. Des centaines de milliers d’heures de travail des ingénieurs les mieux payés au monde devront être amorties sur les premières générations de robots humanoïdes. Combien d’Optimus faudra-t-il vendre pour rentabiliser sa conception ? A 20 000$, le prix annoncé par Elon Musk (que personne ne prend au sérieux), il faudrait vendre des centaines de milliers d’unités pour compenser les milliards investis.

Mais, si ces obstacles sont bien franchis, Goldman Sachs pense que le marché annuel des robots humanoïdes pourrait se monter à 154 milliards de dollars en 2035, en se basant sur celui des véhicules électriques. Une approche intéressante, quand on sait que 66,7 millions de voitures ont été vendues en 2021, dont une proportion grandissante d’électriques, et que ce type de robot a vocation à s’installer dans nombres de foyers comme le sont les voitures.

Alors avec son robot Optimus, Elon Musk ne présentait-il qu’un produit d’appel destiné à attirer des ingénieurs chez Tesla, ou s’attaque-t-il à un futur marché colossal… de plus ?