Basculer d’un OS à un autre entre Apple et Google sera bientôt simplifié avec l’arrivée de nouvelles fonctionnalités de transfert entre iOS et Android.
Auteur / Autrice :
C’est connu depuis bientôt vingt ans : Apple et Google n’ont guère intérêt à faciliter le passage au système d’exploitation (OS) concurrent, et ils ne font que le strict minimum pour éviter une réaction négative du public face à l’impossibilité théorique… Apple et Google affirment depuis longtemps qu’ils doivent maintenir un contrôle strict sur le contenu de leurs écosystèmes, afin d’améliorer la sécurité et la qualité de leurs produits pour leurs utilisateurs.
Mais, enfin, si vous êtes un utilisateur Android qui envisage de passer à un iPhone, vous disposerez bientôt d’une méthode beaucoup plus rapide pour migrer toutes vos photos et vidéos d’un appareil à l’autre : le 10 juillet, Apple et Google ont dévoilé un nouvel outil qui permet des transferts directs de Google Photos vers iCloud.
Le fait qu’une fonctionnalité aussi basique ne soit déployée qu’en 2024 – iOS date de 2007, Android de 2008 – montre à quel point nos environnement numériques sont cloisonnées, et cloisonnant. Les observateurs critiques craignent depuis longtemps que plus nos données personnelles (photos, vidéos, musique, messages, etc) soient bloquées dans un système d’exploitation, plus il sera difficile de passer à une plateforme concurrente. Ce qui limite la concurrence, et empêche presque toute tentative par un nouvel acteur d’intégrer ces marchés et d’y apporter des innovations.
Cette collaboration attendue entre iOS et Android n’a pu voir le jour que grâce à Data Transfer Initiative (DTI), une organisation à but non lucratif visant à établir des ponts entre des écosystèmes clos. Les origines de DTI remontent à un projet open source fondé en 2018 par Google, Facebook (Meta) et d’autres grands acteurs technologiques pour améliorer la portabilité des données.
Le processus a été depuis terriblement lent.
Après qu’Apple ait rejoint le projet en 2019, il a fallu attendre deux ans avant que la Pomme ne présente un outil permettant de transférer automatiquement les médias d’iCloud vers Google Photos. Puis, trois autres années se sont écoulées avant que Google n’annonce la semaine dernière la même capacité de transfert de données dans l’autre sens. (Et sous cette forme, ce n’est même pas exhaustif, car tous les utilisateurs d’Android ne s’appuient pas sur Google Photos pour gérer leur bibliothèque.)
Le directeur exécutif du DTI, Chris Riley, estime qu’il est « inacceptable » que des années se soient écoulées entre les grands déploiements iOS>Android et inversement.
Une partie du problème est que le projet a principalement été lancé comme un effort open source informel. DTI dépend essentiellement de l’investissement de ses membres dans les ressources d’ingénierie nécessaires à la création de ce type de services. Ce n’est qu’en 2023 que le collectif a décidé d’établir une entité officielle indépendante pour soutenir le projet.
« Lorsque les choses se font en collaboration, elles fonctionnent », explique Chris Riley, un ancien de Mozilla qui a rejoint le groupe. « Maintenant, il y a quelqu’un qui est là pour s’assurer qu’il y a un point d’arrêt, et ce point, c’est moi. »
Il y a aussi deux points qui jouent en faveur de l’accélération de cette mise en place qui aurait dû voir le jour il y a quinze ans :
- Communication : D’une part, les consommateurs s’attendent de plus en plus à ce pouvoir contrôler leurs propres données, et les entreprises veulent de moins en moins passer pour le méchant géant qui essaie de piéger ses utilisateurs.
- Environnement légal : D’autres part, la pression réglementaire est de plus en plus importante : la loi Digital Markets Act de l’UE a d’ailleurs agi comme « une force catalytique vraiment puissante », d’après Chris Riley.
La loi DMA impose une variété de mandats d’interopérabilité, notamment l’obligation pour les géants numériques (GAFAM en particulier) de partager certaines données non seulement entre eux, mais aussi avec des services tiers, lorsque les utilisateurs l’autorisent. Cela devrait uniformiser les règles du jeu, afin qu’il existe des mécanismes intuitifs permettant aux utilisateurs de transférer rapidement, par exemple, leurs photos vers un concurrent existant ou un nouveau venu.
Cette nouvelle fonctionnalité de transfert entre iOS et Android se conclut donc dans un contexte plus large, mais est une belle victoire pour DTI et son projet de sept ans.
D’autant que l’équipe de Chris Riley ne compte que deux employés à temps plein, et qu’ils se concentrent principalement sur les transferts de données de service à service, plutôt que sur un programme complet pour aider les utilisateurs à passer d’un Mac à un PC Windows ou à un Chromebook, et vice versa. L’un de leurs prochains lancements, par exemple, est un outil de transfert de listes de lecture de chansons entre les services musicaux d’Apple et de Google, qui n’aide pas vraiment les utilisateurs à migrer tous leurs iMessages vers Android ou WhatsApp.
Pour en savoir plus : page du projet sur le site de DTI


