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En ouvrant son premier bureau européen à Londres, OpenAI avance ses pions sur le Vieux Continent.

Les positions ambigües de Sam Altman

Sam Altman joue à propos de l’Europe un numéro d’équilibriste qui confère à la franche hypocrisie.

Alors qu’il fait le tour des chefs d’états du monde entier pour négocier une réglementation peu contraignante autour de l’intelligence artificielle – une réglementation qui ferait fi des droits d’auteurs des données utilisées pour former son précieux ChatGPT/GPT-4, par exemple – le patron d’OpenAI souffle aussi le chaud et le froid quant à ses ambitions pour le marché européen.

Sam Altman était notamment passé en France, voir Emmanuel Macron mais pas que, le 26 mai 2023. Mais quelques jours plus tôt, d’après le le Financial Times, il expliquait que OpenAI ferait « en sorte de se mettre en conformité » avec les textes européens à venir, mais que « si cela n’est pas possible », l’entreprise « cessera ses activités » en Europe. Une petite menace qui avait irrité le commissaire européen Thierry Breton, qui l’avait même qualifiée de « chantage ».

Alors, pour paraphraser Angèle (parce que pourquoi pas), on se demande : « C’est oui ou bien c’est non ? » le marché européen, Sam ?

Parce que plus encore que ses déclarations fluctuantes, plus encore que les textes hypocrites qu’il co-signe (comme le fumeux Statement of AI Risk : voir notre article), c’est bien la vitesse de retournement de veste qui surprend avec le dirigeant.

OpenAI ouvre un bureau à Londres : en Europe, mais pas dans l’UE

Car on apprend le 28 juin 2023 que OpenAI s’installe en Europe, pour y ouvrir un bureau ! Un bureau qui se trouve être le premier en dehors des Etats-Unis pour l’entreprise américaine. Et c’est à Londres que cette première extension internationale de OpenAI pose ses valises.

Un bureau qui accompagne de belles ambitions : « Démontrer notre engagement à élargir la portée de nos opérations, à apporter des perspectives diverses et à accélérer notre mission qui consiste à s’assurer que l’intelligence artificielle générale (AGI) profite à l’ensemble de l’humanité. »

Le bureau londonien de OpenAI servira notamment à faire de « la R&D » (recherche et développement) et de « l’ingénierie », mais servira surtout comme base avancée pour le « Go-To-Market » (la mise sur le marché des produits, la commercialisation) européen de OpenAI, qui ne souhaite pas voir émerger trop vite un concurrent local sans placer ses propres pions sur son chemin.

Surtout, il sera plus facile d’influencer le marché européen – et ses lois contraignantes attendues pour les tout prochains mois – en étant directement sur place. Mais il ne faut pas s’y tromper : si OpenAI s’installe bien en Europe, l’entreprise ne s’installe pas dans l’Union Européenne. Depuis le 1er février 2020, le Royaume-Uni ne fait officiellement plus parti de l’UE.

Si le communiqué officiel fait dire à Sam Altman : « Nous considérons cette expansion comme une opportunité d’attirer des talents de classe mondiale et de stimuler l’innovation dans le développement et la politique de l’AGI », mettant en avant les ambitions technologiques et humaines que OpenAI voit dans cette implantation outre-manche, il ne faut pas s’y tromper : l’entreprise s’implante dans une zone grise, qui doit lui permettre d’influer directement le Vieux Continent, d’y faire ses affaires, sans en subir (trop) les contraintes.

Plus qu’un pied dans la porte, une opportunité pour attaquer les marchés locaux et influencer leurs régulations. D’autant que s’installer sur un marché demande presque toujours d’y être physiquement, quel que soit le domaine d’activité. Et ce même quand on a pour soit l’intelligence artificielle la plus poussée du monde…

Alors Sam Altman ouvre un bureau d’OpenAI en Europe, malgré ses récentes déclarations propos, et alors que les lois ne sont ni écrites, ni votées. Mais un bureau en Europe, pas dans l’UE… Pour le moment !