Les deux clans rivaux de la Paternelle continuent de faire grimper le nombre de victimes, dans une escalade record de violences.
Auteur / Autrice :
La guerre entre la DZ Mafia et Yoda voit ses chiffres s’alourdir
La guerre meurtrière n’en finit plus entre les clans marseillais rivaux du moment : la DZ Mafia et Yoda. Depuis le début des hostilités entre les deux bandes de la Paternelle, en février 2023, le bain de sang est continu.
Deux clans appliquant des méthodes de barbares, loin des noms infantiles qui leurs sont attribués :
- À l’origine, Yoda est le nom d’un point de vente (un four) près duquel on a tagué le petit personnage vert de la saga Star Wars. Leur chef est un certain Félix B., aussi connu comme « Féfé » ou « le Chat ».
- La DZ Mafia tient son nom de l’origine algérienne de certains de ses membres et leaders, et a fait du fennec son logo. Leur chef est lui Abdelatif L., aussi connu comme « Tic ». Comme son rival Félix, Abdelatif est né en 1990.
Les deux clans se partagent la cité de la Paternelle, chacun tenant soit les plans du « bas », soit ceux du « haut », et l’importante manne de clients qui viennent y acheter « shit », « beuh », crack et cocaïne. Des points de vente qui rapportent plusieurs milliers d’euros de chiffre d’affaires par jour (lorsqu’ils fonctionnent normalement, ce qui n’est plus le cas ces derniers mois).
Les chiffres de cette spirale de violence sont édifiants, et tristes : Marseille compte déjà 12 morts depuis la mi-juillet 2023, dans un été particulièrement meurtrier. Rien qu’en août, on enregistre à date sept morts, âgés de 21 à 39 ans.
Pire, en bientôt huit mois, la ville a déjà connu autant de morts que sur toute l’année 2022, car France Info en dénombre 36 (contre 31 en 2022). Au point que certains titrent « A Marseille, le sang n’en finit plus de couler.« , non sans raisons. Alors que le mois d’août avance vers ses derniers jours, on compte déjà en 2023 68 fusillades en six mois sur fond de règlements de compte liés au trafic de drogue, soit plus que sur l’ensemble de l’année 2022.
Et d’après la préfète des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri, 80% des 68 homicides ou tentatives d’homicides en bande organisée depuis le début de l’année à Marseille sont liés à la rivalité entre Yoda et la DZ Mafia, les deux bandes de la cité de la Paternelle. Une rivalité locale « pour le contrôle des lucratifs plans stups » du quartier.
Des chiffres qu’elle a donné lors d’une conférence de presse, tenue le mercredi 16 août. Frédérique Camilleri a aussi tenté d’apporter des éléments d’explication à l’été violent qui ensanglante la ville : « Il ne s’agit ni plus ni moins que de la reprise du conflit entre Yoda et DZ Mafia. Ce sont deux clans extrêment structurés, importants avec des intérêts dans des nombreuses cités à Marseille. On estime qu’ils ont une vingtaine de points. (…) Ces clans sont extrêmement résilients.
Du côté des résultats policiers, les chiffres sont aussi en hausse :
- 740 armes saisies (+24% par rapport à 2022)
- 1144 trafiquants interpellés (+26%)
- 12 millions d’euros d’avoirs criminels saisis
- 70 points de deal de moins que l’année dernière sur l’ensemble de Marseille
Des morts, des images et des commandos
Parmi les morts de cette guerre entre trafiquants, on recense un certain nombre d’innocents, tués pour l’exemple ou par représailles. Mais certains cas ont marqué, qu’il s’agisse de récents ou de déjà plus anciens.
On peut citer celui du dimanche 13 août, qui a eu lieu où vers 22h30 dans la cité de la Cayolle, un jeune homme de 24 ans a été « rafalé » d’une dizaine de balles, et laissé gisant sur le macadam. Mardi, c’est un homme de 27 ans qui est tombé sous une salve de tirs de kalachnikov en pleine rue, au pied de la barre d’immeubles de Maison-Blanche, dans le quartier du Canet, vers 19 h 30, et sous les yeux des habitants, dont des enfants. Plus sordide encore, la victime a tenté de s’enfuir, parvenant seulement à traverser la rue, avant d’être achevé d’une balle dans la tête.
On peut aussi se souvenir de l’horreur qu’avait subi un adolescent de 17 ans, en février dernier, mort de ses blessures après avoir été lynché, puis achevé à coups de couteau et de barre de fer. Une agression filmée et diffusée en direct sur Snapchat, qui avait eu lieu cité de la Paternelle.
Des morts, mais aussi des assassins : Cinq commandos ont déjà été interpellés depuis le début de l’année, dont plusieurs en flagrant délit. Le dernier en date a été arrêté cette semaine, après la fusillade dans le quartier de Maison Blanche.
On se souvient aussi du tristement célèbre Matteo F., 18 ans, soupçonné d’avoir abattu deux ados de 15 ans et 16 ans (Djibril et Kaïs), ainsi qu’une demi-douzaine d’autres cibles de cette guerre sanglante, tous pour le compte de la DZ Mafia. Tout juste arrêté, le garçon qui « pèse 40 kilos tout mouillé » avec « les cheveux longs jusqu’aux fesses » et ressemble à une version infantile de « Jésus » s’avère être « un vrai serial killer », qui passe immédiatement aux aveux : « On n’arrivait pas à suivre », expliquait une source proche de l’enquête. Une longue liste de crimes pour lesquels le meurtrier aurait gagné “seulement” 200 000€.


