Si les gens vous admirent déjà, vous pouvez raconter des « pseudo-profound bullshit » (oui, c’est un vrai terme) et ça les fait réfléchir. Le secret des gourous révélés…
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Si les gens vous admirent, vous pouvez raconter n’importe quoi, ça les fait réfléchir
Comment les gens raisonnent-ils par rapport à des informations ambiguës partagées par des personnes pour qu’ils ont une forme d’admiration ? Sommes-nous enclin à croire n’importe quoi de quelqu’un qui nous fascine ?
Pourquoi les gourous et les experts en charlatanisme peuvent nous faire croire n’importe quoi ? Pourquoi Idriss Aberkane a-t-il inscrit trois fois « PhD » dans sa bio Twitter ?
Des chercheurs se sont penchés sur le sujet, et ont évalué très sérieusement « l’influence de l’admiration des locuteurs sur la recherche de sens et le raisonnement judicieux en réponse à des conneries pseudo-profondes ».
Ils ont mené deux expériences en utilisant des marqueurs comportementaux et des questionnaires d’auto-évaluation :
« Dans les deux études, les déclarations qui semblaient superficiellement impressionnantes mais qui n’avaient pas l’intention de communiquer un sens (du bullshit NDLR) ont généré une recherche de sens, mais uniquement lorsqu’elles étaient prononcées par des personnes très admirables (par exemple, le Dalaï Lama) par rapport à des personnes peu admirables (par exemple, Kim Kardashian). »
En deux mots, si le Dalaï Lama raconte un bullshit qui semble profond mais est en fait creux, on va aller chercher plus de signification, de sens, de réalité, que si la même bêtise est racontée par Kim Kardashian.
Pourtant, il faut vraiment que les idées proposées soient « pseudo-profondes » pour qu’elles engagent l’interlocuteur, et ce n’est pas le cas pour des choses « banales » ou « motivationnelles ». Et ce quelque soit le niveau de reconnaissance que l’on accorde à celui qui les propose : Dalaï Lama ou Cyril Hanouna.
Deux expériences, un même résultat
- Expérience 1 :
Dans la première expérience, basée sur un échantillon de 290 participants, les cobayes ont été assignés au hasard à lire les déclarations d’orateurs dont « l’admirabilité » était élevée ou faible, basées sur 26 personnalités publiques.
Parmi les personnalités positives, Michelle Obama, le Dalaï Lama, Nelson Mandela ou encore Bill Gates. Parmi les négatives, Kim Kardashian, Harvey Weinstein, Paris Hilton ou encore Martin Shkreli (« l’homme le plus détesté d’Amérique »).
Ensuite, les chercheurs ont généré dix listes avec des paires « déclaration – auteur » tirées au hasard : Paris Hilton pouvait dire quelque chose de Michelle Obama, et vice versa. L’image de Bill Gates pouvait être associée avec des idées de Martin Shkreli.
Ces idées, elles étaient soit profondes mais bidons (les auteurs parlent de « pseudo-profound bullshit », ou PPBS) et longues de 12 mots en moyenne, soit banales et de 10 mots.
- Exemple de « PPBS » : « L’esprit et la matière sont des vibrations subtiles et denses de la conscience ».
- Exemple « banal » : « Les gens paresseux ne réussissent généralement pas dans la vie. »
Tous les cobayes ont vu cinq déclarations PPBS et cinq déclarations banales. Après chaque déclaration proposée, les participants y ont réfléchi et ont décrit leur « courant de pensée » en quelques phrases.
Ils ont aussi évalué leur compréhension des différentes idées, et leur but (« Les déclarations n’ont pas de but clair » sur une échelle de 1 (absolument faux) à 7 (absolument vrai)). L’effort consacré à la tâche via le temps passé dans la session d’étude était lui aussi pris en compte. Différentes autres pondérations statistiques ont été appliquées.

Résultat des comptes : « L’étude 1 montre que les gens recherchent davantage de sens pour le PPBS lorsque les déclarations sont associées à des locuteurs d’admirabilité élevée. »
Oui, si vous avez une estime forte pour quelqu’un, s’il raconte n’importe quoi mais que ça a l’air profond, vous allez y réfléchir plus. Pour autant, ce n’est pas le cas si l’affirmation est banale.
Plus largement, les chercheurs ont constaté que les participants attribuaient une plus grande signification aux énoncés dans la condition d’admirabilité élevée (vs. faible) du locuteur, bien que les deux groupes aient reçu les mêmes énoncés.
- Expérience 2 :
La seconde expérience visait à « reproduire et à étendre conceptuellement » l’étude n°1. Les chercheurs ont remplacé les déclarations « banales » par des déclaration « motivationnelles » que « des recherches antérieures ont identifiées comme significatives et profondes ».
Un facteur qui a rallongé la durée de l’étude pour les candidats et imposé aux chercheurs de réduire le panel : de 10 déclarations soumises, ils sont passés à 4 : 2 « PPSB » et 2 « motivation ».
Après avoir lu toutes les déclarations, les participants ont rapporté leur ressenti général du sens des déclarations, la difficulté de ces déclarations et leur crédibilité.
Les participants ont répondu à deux items évaluant leur recherche de sens (« J’ai essayé de comprendre ce que la déclaration communiquait », « J’ai réfléchi à l’idée derrière la déclaration ») sur une échelle de 1 (pas du tout) à 5 (beaucoup). La moyenne de ces deux éléments a été calculée pour obtenir un score de recherche de sens autodéclaré.
Les chercheurs ont aussi ajouté un champ après les déclarations pour que les cobayes évaluent celles-ci sur une échelle (1 « pas du tout profonde » à 5 « très profonde »). Après chaque déclaration, les participants ont également indiqué à quel point ils avaient aimé la déclaration avec un barème de notation de 5 étoiles.
Comme dans l’expérience 1, le temps passé a été analysé, ainsi que le nombre de mots des réponses des cobayes (« une mesure de la quantité d’engagement avec les déclarations »). La complexité dialectique et la complexité élaborative des réponses étaient aussi analysées. Différentes autres pondérations statistiques ont aussi été appliquées.
Résultat : Les participants ont jugé les déclarations faites par des locuteurs très admirables comme plus crédibles que les déclarations faites par des locuteurs peu admirables…
Et comme dans la première expérience, « lors de la visualisation des déclarations PPBS, les participants se sont engagés dans une recherche accrue de sens lorsque les déclarations étaient associées à des locuteurs d’admirabilité élevée (vs faible) ». Cependant, ce n’était pas le cas pour les déclarations de « motivation », rejoignant le constat fait pour les déclarations « banales » de la première étude.
En résumé, là encore, les cobayes ont été plus enclin à réfléchir à du bullshit proposé par une personne qu’il juge admirable, là où à contrario ils ont gardé une certaine lucidité lorsque le bullshit émanait d’une personnalité plutôt négative.
Chacun sera libre ensuite d’en tirer conclusion et réflexions philosophiques à sa convenance. Ou de se servir de cette étude pour briller, influencer, manipuler…
Retrouvez l’étude « Hidden wisdom or pseudo-profound bullshit? The effect of speaker admirability » à ce lien.
Bonus : Idées bullshit pseudo-profondes pour briller en société
Voici les principales idées utilisées par les chercheurs pour leurs expériences. Si elles peuvent donner à certains une occasion de briller… :
- As beings of light we are local and non-local, time bound and timeless, actuality and possibility.
- Mind and matter are subtle and dense vibrations of consciousness.
- Nature is a self-regulating ecosystem of awareness.
- Consciousness is the growth of coherence and of us.
- Our minds extend across space and time as waves in the ocean of one mind.
- We are being called to explore the totality itself as an interface between serenity and intuition.
- Matter is the experience in consciousness of a deeper non-material reality.


