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Malgré une exposition répétée à la lettre « g » écrite dans ses différentes typographies, peu de gens savent reconnaître la bonne, et presque personne ne sait l’écrire, d’après une étude scientifique.

Qui sait reconnaître la lettre G ?

Il existe des dizaines et des dizaines de polices de caractères (avec ou sans serif). Certaines sont plus connues que d’autres, certaines sont plus esthétiques que d’autres, et certaines sont en revanches bien moins maîtrisées que l’on pourrait le penser.

Dans une étude intitulée « Le diable est dans les g-tails : Connaissance et conscience insuffisantes de la forme des lettres en dépit d’une expérience visuelle massive » publiée dans le Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, une équipe de psychologues de l’Université Johns Hopkins s’est intéressée à la lettre « g » et à ses différentes écritures.

Et les chercheurs soulignent « des lacunes surprenantes dans les connaissances » qu’ont les gens des subtilités de polices de caractères pourtant massivement connues et utilisées, en partant de leurs constations.

Leur postulat de base était simple : « La connaissance de la forme des lettres est essentielle à la lecture. » Alors pour voir ce qu’il en était vraiment de ce niveau de connaissances, ils ont soumis trois expériences à un groupe de 38 participants.

Toutes ces expériences étaient donc faites autour de la lettre « g » dont plusieurs typographies sont connues, admises et utilisées, dont certaines sont en fait très éloignées de la forme la plus couramment utilisée.

La première est nommée forme de « plain-pied » ou « queue ouverte » et une seconde, que l’on appelle forme « à deux étages » ou « queue bouclée ».

La lettre « g » écrite avec plusieurs typographies : les trois exemples à droite utilisent la typographie queue bouclée ou « à deux étages », et les trois à gauche la typographie queue ouverte ou « plain-pied », plus commune.

Trois expériences troublantes

Les chercheurs ont réalisé trois expériences autour de la lettre « g » :

Dans la première expérience, « la plupart des participants n’ont pas réussi à se souvenir de l’existence » de la forme à queue bouclée du ‘g’ minuscule lorsqu’on leur a demandé si G avait deux formes dans ce cas, et « presque aucun d’entre eux n’a été capable d’écrire directement le g à queue bouclée avec précision ».

Dans la seconde expérience, les participants ont « cherché des lettres g dans un texte » contenant plusieurs g à queue bouclée. Invités immédiatement après à écrire eux-mêmes la forme de g qu’ils avaient vue, la moitié des participants ont produit un g à queue ouverte (la forme manuscrite ordinaire), et un seul a écrit g à queue bouclée « avec précision ».

Enfin, dans l’expérience n°3, les participants n’ont pas réussi à distinguer la bonne typographie du g à queue bouclée parmi les quatre versions proposées :

Quatre versions de la lettre g, mais une seule correcte : Saurez-vous dire laquelle ?

Les conclusions ? Repenser certaines formes d’apprentissages

Partant de cette série d’expériences, les chercheurs ont un constat : « la mémoire de divers types de stimuli est médiocre malgré une exposition massive », reprenant une observation déjà faite par d’autres études antérieures.

L’équipe scientifique va plus loin dans sa conclusion :

« Plus généralement, nos résultats soulèvent des questions sur les conditions dans lesquelles l’exposition massive permet, ou non, d’acquérir des connaissances détaillées, précises et accessibles. « 

Il y a un siècle et demi, Sir Arthur Conan Doyle faisait d’ailleurs une observation similaire via son personnage mythique Sherlock Holmes : dans une de ses nouvelles, il faisait remarquer à Watson que bien qu’il emprunte un escalier plusieurs fois par jours, il était incapable de dire combien il comptait de marches.

On peut utiliser cette observation pour travailler sur la manière dont les connaissances sont acquises, et relativiser certaines formes d’apprentissage basées sur une « exposition massive ».

De même, on peut réfléchir à certaines approches du marketing, notamment pour les campagnes de « branding » visant à développer la notoriété d’une marque par une exposition répétée de son nom aux consommateurs.

Retrouvez l’étude scientifique à ce lien.