Une équipe scientifique a converti les protéines de lactosérum en éponges ultra efficaces pour récupérer et agglomérer l’or des déchets électroniques.
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L’or, ses usages et des déchets
L’or n’obsède pas les humains depuis des millénaires seulement pour son incroyable couleur solaire et pour les reflets hypnotiques que nos yeux y découvrent.
Le métal est aussi étrangement polyvalent, lui conférant encore un aspect fascinant : extrêmement malléable, on peut faire des mètres carrés entiers de feuille fines de quelques micromètres seulement avec un seul gramme d’or. L’or est l’un des métaux les plus conducteurs, que l’on regarde en terme de conductivité électrique comme de conductivité thermique. Il n’est presque pas sensible à la corrosion et à l’oxydation.
Certains mots ont une origine méconnue directement liée à l’or, comme « auréolée », qui vient du latin aureola, une « couronne d’or », dérivé de « Aurum » (l’or en latin) et dont base « Aur » a largement essaimé dans les langues des siècles qui ont suivi : on peut citer notamment le mot aurifère en français.
Cependant, ce n’est pas pour sa couleur ou pour ses usages en parure que les savants et les chercheurs ont utilisé l’or à travers les deux derniers siècles dans d’innombrables avancées technologiques, mais bien pour ses propriétés chimiques : sa conductivité et ses résistances en particulier.
Alors avec les années, on a commencé à mettre de l’or partout : on en trouve aujourd’hui dans les smartphones, les ordinateurs et les téléviseurs, qui contiennent tous de petites quantités du métal noble dans leurs composants, comme les connecteurs, les circuits imprimés et intégrés.
Ce qui fait que ces déchets valent théoriquement… de l’or, quand on pense qu’ils finissent toujours massivement « jetés » dans des circuits de recyclage fictifs aboutissants ou à des incinérateurs bien réels et bien polluants ou à des déchetteries géantes au bout du monde.
Une partie des appareils finit cependant réellement recyclée, notamment via des entreprises et des circuits spécialisés justement dans la récupération des matériaux précieux qu’on y trouve : outre l’or, on peut penser aux autres métaux (aluminium, acier, cuivre…) et aux autres éléments (dont une partie de terres rares).
Mais les méthodes utilisées actuellement pour extraire or et métaux des déchets électroniques sont gourmandes en énergie, et nécessitent souvent des produits chimiques très toxiques.
Transformer de la whey en or
Une nouvelle équipe de chercheurs propose une solution innovante et inédite dans un article paru dans Advanced Materials et nommé « Gold Recovery from E-Waste by Food-Waste Amyloid Aerogels ».
Elle a utilisé les résidus du processus de fabrication du fromage pour extraire l’or des déchets électroniques : les « nanofibrilles de protéines amyloïdes » dérivées du lactosérum de l’industrie laitière.
La protéine de lactosérum est le liquide restant après que le lait ait été caillé et filtré, pendant la production de fromage. Il contient du lactose, des vitamines, des minéraux et… des protéines. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est le plus connu sous son autre nom anglais : Whey protein.
Les chercheurs s’en servent comme « nouvel adsorbant » pour la récupération de l’or contenu dans les déchets électroniques, en créant des aérogels, une sorte d’éponge permettant d’extraire l’or des vieilles cartes mères dissoutes dans l’acide. L’éponge adhère aux ions d’or mieux qu’aux autres métaux en raison de la structure particulière des protéines.

Après avoir absorbé l’or, le produit est transformé en petits morceaux, puis fondu pour former une pépite. Et le résultat est impressionnant : à partir de 20 cartes mères, les chercheurs ont obtenu une pépite pesant 450 milligrammes et contenant 90,8% d’or presque pur (entre 21 et 22 carats sur 24).

Le professeur Raffaele Mezzenga (École polytechnique fédérale de Zurich) s’enthousiasme : « Ce que j’aime le plus, c’est que nous utilisons un sous-produit de l’industrie alimentaire pour obtenir de l’or à partir de déchets électroniques. On ne peut pas faire plus durable que ça ! »


