__


Sam Altman et OpenAI travaillent à lever 8 à 10 milliards de dollars pour se lancer dans la production de puces surpuissantes.

Le besoin de puces d’OpenAI

C’était un bruit dont nous parlions il y a plusieurs mois : OpenAI et son patron Sam Altman avaient engagé des réflexions autour de l’idée de développer leurs propres processeurs.

Une ambition aussi coûteuse qu’exigeante, qui devait répondre à un besoin global : le marché des semi-conducteurs est un marché tendu depuis plusieurs années, entre les pénuries de matériaux (partiellement dues aux mainmises de certains états sur les matières premières) et la demande qui s’accroît.

On veut des processeurs partout, pour tout : grille-pain connecté, montre connecté, voiture connecté, humain connecté, il faut chaque jour que soient produits des millions de puces pour répondre aux besoins du marché.

Le problème est même pire encore pour les processeurs spécifiques aux grands modèles d’intelligence artificielle, comme GPT-4 qu’édite OpenAI. On a besoin de pièces spécifiques, performantes et capables de paralléliser les tâches dans des ordres de grandeur gigantesques. La puissance de calcul brute seule ne suffit pas, il faut que ces calculs soient faits parallèlement pour que la chaîne soit achevée dans un temps relativement court.

Et sur ce marché, c’est Nvidia qui domine, avec sa puce H1 devenue célèbre. Pas plus tard qu’hier, on apprenait que des H1, Mark Zuckerberg en veut 350 000 d’ici fin 2024.

Sauf que la demande dépasse largement l’offre, et que les alternatives mettent du temps à se mettre à niveau : AMD n’est pas pour le moment crédible, pas plus qu’Intel. Les GAFAM tentent aussi des solutions propriétaires, en développant leurs puces maison :

  • Microsoft et sa Maia 100
  • Google et ses Tensor Processing Unit
  • Amazon et sa Trainium2

C’est d’ailleurs du côté de Amazon que l’inspiration de Sam Altman pour les puces est à aller chercher. Le géant de Jeff Bezos avait racheté la start-up israélienne Annapurna Labs en 2015 environ 350 millions de dollars. Et acquis avec une expertise, des brevets et une base de production.

Du temps gagné dans un process qui doit être presque obligatoirement long. Long, et coûteux.

Des négocations en milliards pour lancer une production propriétaire de processeurs

La nouvelle preuve que Sam Altman travaille à produire ses propres processeurs nous vient du pendant financier du dossier.

  • G42 :

Bloomberg (citée par Reuters) rapporte que Altman négocie actuellement avec l’entreprise G42 basée à Abu Dhabi. Une entreprise détenue par Tahnoun bin Zayed Al Nahyan, le fils de Zayed bin Sultan Al Nahyan, fondateur des Émirats arabes unis (décédé en 2004 à la tête d’une fortune évaluée 20 milliards de dollars).

La somme de 8 à 10 milliards de dollars est évoquée, mais c’est une fourchette à prendre avec des pincettes. D’après le New York Times, un premier accord entre G42 et OpenAI aurait été signé en octobre dernier pour un partenariat autour de la partie logiciel (GPT).

  • Softbank :

Bloomberg et Reuters citent aussi SoftBank parmi les investisseurs potentiels du projet de « puces IA » de Sam Altman. Le géant japonais est un investisseur très actif dans la tech’. Plus largement, l’agence cite « des discussions avec plusieurs grands investisseurs potentiels ».

  • Samsung ou Intel côté technique ?

Le patron d’OpenAI aurait aussi des discussions avec Samsung et Intel pour la partie technique. Une information qui indiquerait que Altman veut finalement aller le plus vite possible, et sauter la case « acheter une start-up et la développer ». Aidé par une enveloppe en milliards, il s’orienterait donc vers un modèle à la Apple, où les géants de la production sont à la fois des sous-traitants… et des concurrents.

Des puces, mais pour faire quoi ?

L’usage des puces sera alors un point clef du dossier : Sam Altman veut-il des puces pour OpenAI ou des projets d’intelligence artificielle propriétaires, ou veut-il s’attaquer au lucratif marché des fondeurs et concurrencer Nvidia ?

Si la première option semble plus logique avec les ambitions affichées par Sam Altman (en gros, parvenir à créer une AGI et gagner de l’argent avec), la deuxième semble plus cohérente quand il s’agit de rentabiliser des investissements en milliards sur la partie matériel.

Car dans le même temps, OpenAI est toujours en train de puiser dans les 11 à 13 milliards de dollars directement investis par Microsoft. Et si l’entreprise commence à gagner beaucoup d’argent (1,6 milliards de CA en 2023 selon les derniers chiffres), elle voit des concurrents féroces se développer.

On peut citer Microsoft directement, qui n’en finit plus de mettre de l’IA partout (et a même implanté un nouveau bouton physique spécial pour ça). On attend les premières annonces de Apple sur le sujet.

Mais surtout, on a face au modèle fermé de OpenAI et Microsoft un duo formé par Mark Zuckerberg et le français Yann Le Cun qui veut développer des outils d’IA open source et faire progresser le marché gratuitement.

Une ambition qui a déjà abouti à de très nombreux projets en 2023, dont Llama 2 (concurrent direct des LLM « GPT ») est l’exemple le plus important. On attend Llama 3 dans les prochains mois et même s’il sera sûrement moins performant que GPT-4.5 ou GPT-5, il sera gratuit !

À terme, qui paiera OpenAI pour quelques pourcentages de performance supplémentaire quand les produits concurrents sont gratuits et sensiblement équivalents ?

Sam Altman doit donc composer entre des facteurs particulièrement complexes pour avancer dans son ambition de produire des processeurs. Un projet qui devrait continuer de se développer dans les prochains mois !

Un beau feuilleton à venir !