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La startup Humane avance vers la « révélation » de son « offre initiale de produits », après cinq ans de développement.

Il existe des entreprises qui ne sont pas connues, ne commercialisent rien, et se basent essentiellement sur des technologies non-appliquées et des promesses… et qui sont pourtant valorisées des centaines de millions de dollars. Dans le cas de « Flow« , la future entreprise du fondateur de WeWork Adam Newmann, on parlait même d’une valeur dépassant le milliard, après une levée de fonds de 350 millions en août 2022 auprès d’Andreessen Horowitz (a16z).

Alors même que personne ne savait précisément ce qu’allait faire Flow, dans le grand public (nota bene : on ne sait toujours pas, sept mois plus tard).

Humane : 5 ans, 230 millions et 0 produit

Et c’est aussi le cas d’une start-up nommée Humane, qui a annoncée via un communiqué de presse le 8 mars 2023 sa troisième levée de fonds, en série C, d’un montant de 100 millions de dollars. Un troisième tour de table mené par Kindred Ventures, et qui a vu du beau monde parmi ses participants :

  • Microsoft
  • Sam Altman, le fondateur d’OpenAI et multi-investisseur
  • LG Technology Ventures
  • Volvo Cars Tech Fund
  • Qualcomm Ventures
  • SK Networks

Mais aussi plusieurs institutionnels, comme Top Tier Capital, Hudson Bay Capital, Tiger Global, Socium Ventures, Valia Ventures , Forerunner Ventures, et Lachy Groom. Tous n’en étaient d’ailleurs pas à leur premier investissement dans Humane, bien au contraire.

Une levée de fonds à neuf chiffres qui porte le montant total obtenu par Humane à 230 millions de dollars, cinq ans après sa création en 2018. La jeune pousse centimillionnaire a été fondée par un couple d’anciens d’Apple : Imran Chaudhri et Bethany Bongiorno. D’après l’Usine Digitale, elle était « directrice du système d’exploitation, lui directeur de la conception de l’interface utilisateur et le designer de l’iPod, de l’iPad ou encore de l’Apple Watch ». Puis d’autres anciens pontes d’Apple les ont rejoint, dont Patrick Gates, aujourd’hui CTO de Humane, et ex-directeur de l’ingénierie sur iCloud, FaceTime et Messages et Ruben Caballero, qui travailla sur le tout premier iPhone et a été vice-président de l’ingénierie. Mais aussi Juan Pinzón, aujourd’hui « ingénieur Web principal », qui a travaillé sur iCloud, iOS 6 et 7, et Naveen Nalam, « Responsable du génie logiciel, Services d’infrastructure », passé par AirBNB et iCloud.

Ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas

Reste qu’avec beaucoup d’argent, et des noms assez prestigieux, Humane n’a toujours pas dévoilé de produit fini, et encore moins de produits commercialisables ou même utilisables. En fait, on ne sait pas ce que développe Humane.

Ce qu’on sait, c’est la promesse de Humane, faite par le biais de Imran Chaudhri, co-fondateur de la startup : le premier produit de Humane « permettra aux gens d’emporter l’IA partout avec eux », via « un appareil » et « une plateforme » permettant d’exploiter « pleinement la véritable puissance et le potentiel de cette technologie ». Et grâce à cela, Humane espère « remodeler fondamentalement le rôle de la technologie dans la vie des gens ».

Bien informé, le fondateur de Kindred Ventures Steve Jang parle lui de « créer une expérience informatique plus fluide, plus puissante et plus contextuelle pour exploiter et développer l’IA », reprenant également la dichotomie « un appareil et une plateforme de services ». Enfin, Patrick Gates, le CTO précédemment cité, détaille dans le communiqué que les « produits (de Humane) reposent sur un appareil et une plateforme cloud intégrée, qui permettra de créer des expériences basées sur l’IA qui semblent naturelles, amusantes et nécessaires. »

En somme, Humane veut proposer un terminal, dont on ne connait pas encore la forme : sans doute pas un téléphone, ni une montre, ni une console de jeu, ni un ordinateur. Peut-être un casque ? Une bague ? Une lentille de contact semble peu probable, au vue de la déconvenue récente de Mojo Vision dans le domaine (voir notre article). Et avec ce terminal, une plateforme de services boostés à l’intelligence artificielle. Des services qui ne parlent pas d’être révolutionnaires, mais d’être repensés dans un usage nouveau, plus en adéquation avec l’impact des nouvelles technologies et de l’IA.

On a en revanche certaines certitudes sur le(s) futur(s) produit(s) Humane, grâce à ses fiches de poste ouvertes : Ils reposeront sur le réseau cellulaire (4G/5G), le wifi mais aussi le bluetooth. C’est le système d’exploitation de Alphabet (Google) Androïd qui sert de plateforme principale. Et si Humane – fondé par une cohorte d’ex Apple – se sert de la plateforme concurrente de Google, c’est que « Apple ne veut rien avoir à faire avec Humane. Bongiorno et Chaudhri ne sont pas partis en bons termes » d’après le réputé John Gruber.

Humane se servira de Azure, le service de Cloud de Microsoft, partenaire et investisseur, pour l’infrastructure de sa plateforme et ses services. On trouve aussi dans la stack des frameworks en Java, Kotlin, C++ et Rust. On sait aussi que OpenAI intégrera sa/ses technologie(s) d’IA dans l’offre de service de Humane, pour offrir « aux consommateurs des expériences OpenAI et Humane AI à grande échelle ».

Humane explique aussi beaucoup compter sur le partenariat de SK Networks (ex Sunkyung Group), un colosse coréen créé il y a un siècle, pour utiliser son « vaste réseau mondial » et pour « créer un changement significatif dans les technologies grand public ». Mais aussi sur LG, expliquant dans le communiqué : « Une collaboration avec LG verra les entreprises travailler en étroite collaboration sur des projets potentiels de R&D pour la prochaine phase des produits Humane, sur la technologie de base incluse dans les futurs appareils Humane et sur l’intégration dans l’espace technologique domestique. »

Enfin, avec Volvo, la startup espère « le premier exemple de l’offre de Humane appliquée à l’industrie automobile », expliquant partager avec Volvo des « valeurs partagées de sécurité, de confiance et de confidentialité » et la volonté de « technologies pour simplifier la vie » des clients.

Humane est aussi une société californienne dans l’ère du temps, qui met en avant la diversité, et le revendique en détail dans ses différents fiches de poste :

« Humane est un employeur offrant l’égalité des chances et prend des décisions d’emploi sur la base du mérite et des besoins de l’entreprise. Nous ne prenons pas de décisions d’embauche ou d’emploi sur la base de la race, de la couleur, de la religion (y compris, mais sans s’y limiter, les croyances religieuses, l’habillement et les pratiques de toilettage), la citoyenneté, l’état matrimonial, l’âge, l’origine nationale, le lieu de naissance, taille, poids, ascendance, handicap mental ou physique, informations génétiques, état de santé, statut militaire et d’ancien combattant américain (d’État et fédéral), orientation sexuelle, identité de genre, expression de genre, sexe, genre, grossesse (y compris l’accouchement ou une condition médicale connexe). Nous considérerons pour l’emploi les candidats qualifiés ayant des antécédents d’arrestation et de condamnation. Chez Humane, la construction d’un lieu de travail sain et sûr est au cœur de notre mission. Nous interdisons le harcèlement de toute sorte. »

Un premier produit Humane attendu pour le printemps 2023

Des investisseurs, des fonds, des promesses, une vision, une équipe, un terminal, une plateforme, des services, de l’intelligence artificielle : Humane commence à être visualisé assez précisément. Reste que le premier produit se fait attendre.

Mais dans son communiqué, Humane parle « la révélation de son offre de produits initiale » dans le courant du printemps 2023. Le diable étant dans les détails, tenons compte de la nuance : il ne s’agira pas d’un produit fini et commercialisable, mais de la présentation – la révélation – de son offre initiale de produits. Comprendre : probablement un terminal et/ou ses premières fonctionnalités.

Une promesse limitée, qui pourrait bien renforcer ce petit goût de Magic Leap qu’on peut avoir en pensant à Humane. En son temps, Magic Leap a levé des milliards de dollars pour développer un casque de réalité augmentée totalement immersif, avec essentiellement des vidéos promotionnelles bien réalisées, et une technologie qui n’a finalement jamais vraiment aboutie.

Alors, qu’en sera-t-il de Humane ? La startup vise clairement à concurrencer Apple, dont sont issus ses principaux fondateurs et décisionnaires. Mais de la fiction à la réalité, s’il n’y a qu’un pas, il faut le franchir.