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L’intelligence artificielle au coeur de la prochaine évolution majeure du moteur de recherche Google.

Google, un moteur de recherche dans le temps long

L’entreprise Google a été créée en septembre 1998, alors que la France achève un été d’euphorie post-victoire à la Coupe du Monde. Amazon a déjà quatre ans. Elon Musk vendra sa première société l’année suivante.

Et depuis 25 ans, si le monde a changé, la recherche sur internet reste en fait assez égal à ce qu’elle était en 1998. Mis à part bien sûr que là où l’on se rendait sur Yahoo, Lycos et autres MSN, on ne va désormais plus que sur Google, qui est en situation de monopole de fait depuis quinze à vingt ans.

Pour autant, garder cette domination a logiquement imposé à Google de suivre les évolutions technologiques, et l’évolution des usages, pour rester le leader de la recherche en ligne.

Dans ces évolutions, citons l’introduction de la recherche par image, Google Lens, qui représente maintenant « 12 milliards de recherches visuelles par mois », une multiplication par quatre en deux ans. Google a aussi introduit discrètement la recherche multimodale « utilisant à la fois des images et du texte », courant 2022.

Mais ces changements semblaient bien timides au regard de ce qu’a proposé sans prévenir ChatGPT de OpenAI, en novembre 2022 : un chatbot capable de répondre à toutes les questions, qui sait tout sur tout (sauf compter, et jusqu’à 2021 seulement), et qui produit différents types de contenus à la demande, en quelques instants : articles longs, résumés courts, plan, bullet points…

L’intelligence artificielle générative textuelle, un service qui pouvait raisonnablement venir bouleverser très rapidement l’hégémonie de Google sur le marché lucratif de la recherche, au moins pour certains types de contenus « encyclopédiques » : histoire, nutrition, culture générale…

Alors Google a répliqué, développé et présenté en urgence Bard, et a dévoilé hier sa nouvelle version, ouverte au public (voir notre article). Bard, un service concurrent frontal de ChatGPT et sa techno GPT-4, basé sur le LLM maison de Google : PaLM 2 (voir notre article).

Mais Google voit aussi comment faire évoluer son moteur de recherche en lui-même, et a également dévoilé le 10 mai 2023 l’avenir de la recherche Google !

L’intelligence artificielle au coeur du futur du moteur de recherche

Et au coeur du projet, bien sûr, l’intelligence artificielle générative :

« Avec de nouvelles percées dans l’IA générative, nous réimaginons à nouveau ce qu’un moteur de recherche peut faire. Grâce à cette nouvelle technologie puissante, nous pouvons transformer la façon dont les informations sont organisées, pour vous aider à trier et à donner un sens à ce qui existe. »

Trier les informations, oui, mais « donner un sens à ce qui existe » ? Google explique que « grâce aux nouvelles capacités d’IA générative dans la recherche », cela va permettre de simplifier la recherche, ce qui permettra (théoriquement) de « comprendre un sujet plus rapidement, de découvrir de nouveaux points de vue et informations et de faire avancer les choses plus facilement ».

Rejoignant aussi la capacité d’une IA à résoudre directement des problèmes ou à répondre à des interrogations complexes, popularisée par ChatGPT, Google veut aussi proposer une fonction similaire, et donne un exemple :

« Prenons une question comme « ce qui est mieux pour une famille avec des enfants de moins de 3 ans et un chien, un bryce canyon ou des arches ». Normalement, vous pourriez décomposer cette question en plus petites, trier les vastes informations disponibles et commencer à reconstituer les choses vous-même. Grâce à l’IA générative, la recherche peut faire une partie de ce gros travail pour vous. »

Et illustre le résultat proposé :

Mais plus encore que de meilleures réponses et de meilleurs résultats, Google veut proposer à ses utilisateurs d’aller naturellement plus loin dans leur démarche, via des « étapes suivantes suggérées » (follow-up) : des questions logiques en rapport avec le sujet initial, des informations additionnelles pertinentes…

Et bien sûr, Google gardera le fil de cette discussion, au fur et à mesure de son déroulement, pour rester le plus pertinent possible dans ses contenus et ses recommandations.

L’IA aussi là pour aider à acheter !

L’achat, une raison très fréquente de se rendre sur le moteur de recherche. Que l’on veuille acheter un nouveau chargeur d’iPhone ou une paire de bottes, le passage par la recherche sur internet est une étape quasi-systématique. Qu’il s’agisse de seulement comparer des prix, ou d’obtenir des informations sur le ou les produits.

Un travail déjà fastidieux, rendu passablement horrible par la professionnalisation du SEO, où l’information n’est plus une information, mais un moyen marketing d’être le premier dans les résultats, et donc de vendre.

Alors, Google veut proposer l’aide de l’IA :

« Grâce à l’IA générative dans la recherche, nous pouvons vous aider à avoir une vue d’ensemble lorsque vous faites du shopping, en rendant même les décisions d’achat les plus réfléchies et les plus complexes plus rapides et beaucoup plus faciles.

Lors de la recherche d’un produit, vous obtiendrez un aperçu des facteurs remarquables à prendre en compte et des produits qui correspondent à la facture. 

Vous obtiendrez également des descriptions de produits comprenant des critiques, des évaluations, des prix et des images de produits pertinents et à jour. 

En effet, cette nouvelle expérience d’achat basée sur l’IA générative repose sur le Shopping Graph de Google, qui compte plus de 35 milliards de listes de produits, ce qui en fait la base de données la plus compète au monde sur les produits, les vendeurs, les marques, les avis et les stocks en constante évolution. Chaque heure, plus de 1,8 milliard d’annonces sont actualisées dans notre Shopping Graph pour donner aux utilisateurs des résultats récents et fiables. »

Mais pas là pour faire chuter le trafic des sites web ?

Cependant, l’arrivée de résultats de recherche générés par l’IA directement sur Google, et donc en dehors des sites proposant ces informations, ça peut avoir de quoi donner des sueurs froides aux créateurs de contenus. Mais Google balaie très rapidement le sujet :

« Alors que nous intégrons l’IA générative dans la recherche, nous nous engageons à continuer d’envoyer un trafic précieux vers des sites sur le Web. »

Il y aussi le problème du plagiat : si vous proposez des tisanes originales contre le mal des montagnes, et que Google utilise votre recette dans son résultat généré par l’IA, sourcé ou pas sourcé, l’utilisateur n’ira probablement pas sur votre site (d’autant plus si Google lui propose “arbitrairement” des contenus connexes, comme les meilleurs miels pour soigner le mal des montagnes). Et votre recette de tisane ne sera pas monétisé…

Quid de ce problème côté Google ? Aucune idée.

Dans la vidéo survitaminée proposée par Google (voir plus bas) pour présenter le futur de son moteur de recherche boosté à l’IA, les exemples présentés ne sont pas rassurants.

Demandez à Google un programme pour courir un 10km sous quelques mois, et il vous fera automatiquement ce programme (comme le ferait ChatGPT), proposant quelques vidéos en rapport, mais aucune interaction directe avec un site web. Cherchez « programme pour courir un 10km » sur Google actuellement, et plusieurs dizaines de résultats sont proposés.

Une avancée pour l’utilisateur, un cauchemar pour les bloggers et les trafic manager.

Toutefois, ce que vend le moteur de recherche Google, ce sont des espaces publicitaires en tête des résultats de recherche. Pas question donc de négliger les sites web, surtout s’ils payent pour leur place au sommet :

« Nous pensons également que les annonces sont un élément essentiel du fonctionnement du Web et aident les internautes à trouver des produits et services pertinents.

Dans cette nouvelle expérience générative, les annonces du Réseau de Recherche continueront d’apparaître dans des espaces publicitaires dédiés sur toute la page.

Et nous continuerons à respecter notre engagement envers la transparence des annonces et à nous assurer que les annonces se distinguent des résultats de recherche naturels. »

Voici la vidéo de présentation de ce que va devenir le moteur de recherche Google enrichi à l’intelligence artificielle. Attention, ça va vite, très vite, et pour vraiment jauger les interfaces présentées et les résultats mis en avant, autant mettre la vidéo en 0,75 et être proche de son bouton pause :

En l’état, difficile de se faire une opinion sur cette future fonction « recherche » de Google, et ce d’autant que l’interface de démo n’est pas encore ouverte en France.

Reste que pour répondre à la simplification imposée par ChatGPT, Google va remplacer son rôle d’intermédiaire par celui d’un créateur de contenus, et que plus que jamais, ce sont ses algorithmes qui décideront à la place de l’utilisateur quelles réponses/idées/contenus sont bon(ne)s pour lui.

Le moteur de recherche rejoint donc un monde digital “TikTok”, drivé par les flux et la simplicité extrême, et où la recherche, la comparaison, l’approfondissement et le choix sont mis au second plan. Un second plan où peu s’aventurent.

Pour aller plus loin :