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L’ancien co-fondateur de DeepMind quitte sa start-up valorisée 4 milliards de dollars avec une de ses associées pour prendre la tête de Microsoft AI.

De DeepMind à Inflection AI

Hier, on a découvert que Sam Altman pouvait parler deux heures sans ne rien dire du tout, au micro de Lex Friedman.

Mais l’Histoire du nouvel âge d’or de l’intelligence artificielle continue de s’écrire en parallèle, et en particulier du côté du bailleur de fonds d’OpenAI : On apprend aujourd’hui que Mustafa Suleyman prend la tête de Microsoft AI.

À 39 ans, on le connaît d’abord comme co-fondateur de DeepMind, avec Demis Hassabis (qui y travaille toujours est à la tête des projets Gemini). La start-up avait été rachetée en 2014 par Google 628 millions de dollars. Au grand dam de Elon Musk, farouchement opposé à cette acquisition et au pouvoir qu’elle pouvait donner à Google.

C’est à la suite de ce changement de main de DeepMind que Musk prend la décision de fonder OpenAI, et de travailler à une IA open source, d’où le nom « Open AI ».

Resté jusqu’en 2022, Mustafa Suleyman quitte finalement Google et s’associe avec Reid Hoffman et Karén Simonyan pour fonder Inflection AI, la startup d’intelligence artificielle qui a développé le chatbot Pi (qui met des smileys gênants partout).

Autre anecdote : Reid Hoffman a aidé OpenAI financièrement quand Elon Musk a brusquement coupé les vivres en 2018, fort des 26 milliards de dollars obtenus par la vente de LinkedIn à Microsoft deux ans plus tôt. Il a aussi à priori eu un rôle direct important dans les débuts de relation entre OpenAI et Microsoft et dans le premier milliard investi par le géant.

Mustafa Suleyman prend la tête de Microsoft AI

Moins de deux ans après avoir lancé Inflection AI, Mustafa Suleyman quitte donc une start-up pour rejoindre à nouveau un géant : il devient aujourd’hui CEO de Microsoft AI, comme il l’a annoncé lui-même sur Twitter.

Si on découvre qu’il y dirigera tous les produits et recherches d’IA grand public, y compris Copilot, Bing et Edge, on découvre aussi que c’est un débauchage massif qu’a réalisé Microsoft, fidèle à ce que l’entreprise a très souvent fait depuis quarante ans (ce qui lui a valu un procès antitrust).

Mustafa Suleyman annonce ainsi que Karén Simonyan, une autre co-fondatrice de Inflection AI, le suit chez Microsoft pour devenir Chief Scientist, et que « plusieurs de nos formidables coéquipiers ont choisi de nous rejoindre ».

Il conclut en annonçant prudemment que Inflection AI « poursuivra sa mission sous la direction d’un nouveau CEO »… C’est Sean White qui prend le poste (ex Mozilla, Nokia, et même Lycos, où il a été Vice President of Technology en 1998).

Ce que ça dit du marché de l’IA

Depuis plusieurs semaines, en dehors de l’envolée boursière de Nvidia, le soufflé autour de l’intelligence artificielle est en train de retomber, très vite et très fort.

GPT-4 a fêté son premier anniversaire il y a quelques jours, et si aucun modèle ne l’a vraiment dépassé (à part Claude 3 sous certains aspects), beaucoup l’ont rattrapé. Mais surtout, en un an, OpenAI n’a pas sorti de nouveau LLM : ni GPT-4.5, ni GPT-5. Rien.

Et pour cause, OpenAI est en première ligne pour les ennuis judiciaires : l’entreprise a pillé tout ce qu’elle pouvait obtenir comme contenu sans jamais se soucier des droits d’auteurs (arguant le « Fair use » américain) et se trouve maintenant confrontée à de multiples procès. Difficile de sortir un GPT-5 basé sur encore plus de contenus dans ce contexte.

On n’est pas sûr non-plus que Sora sorte en 2024, et dans quelle mesure il sera accessible. D’autant que la CTO d’OpenAI Mira Murati a bafouillé pour expliquer d’où provenaient les données de formation (les vidéos) dans une interview donnée début mars. Encore des problèmes judiciaires en vue.

Plus largement, on voit qu’entre les start-up et les géants, il n’y pas pas de fossé technique : « We have no moat » écrivait un ingénieur dans un leak célèbre il y a un an déjà, et il avait raison. On a vu les français de Mistral rattraper GPT-4 avec une équipe de rookies d’une cinquantaine de personnes, les 13 milliards de dollars de Microsoft en moins.

On voit aussi que peu de gens voient un interêt suffisant dans les IA des uns et des autres (GPT4, Gemini Ultra, etc) pour y mettre 20 euros par mois, voire 40 ou 60 dans le cas des abonnements multiples. Conséquence : l’IA ne génère finalement que peu d’argent (sauf pour les vendeurs de pioches de la ruée vers l’or, comme toujours). Et la guerre des prix pourrait commencer, contractant alors les tarifs à la baisse.

Et le tout alors que les coûts explosent du côté des infrastructures de formation et d’exploitation, et alors que les procès pourraient apporter d’autres postes de dépenses. Les profits significatifs de l’IA semblent lointains.

Dans ce contexte, on n’est finalement peu surpris de voire Mustafa Suleyman partir chez Microsoft AI, alors même que Inflection AI était valorisé quatre milliard de dollars il y a un an, après avoir levée 1,3 millard. On se demandera peut-être ce qu’en pensent les investisseurs…

Quelqu’un a parlé de bulle ?